Symphonie en glyphosate majeur « La Saintongeaise »

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En cette période de débat intense autour du renouvellement ou non de l’autorisation du glyphosate, je contribuerai à la discussion et j’exprimerai ma tristesse en images.

C’est parti pour un tour !

Le flamboiement de l’automne dans la plaine céréalière.

Dans les vignes, ce n’est pas mieux.

Pourquoi perdre du temps à couper la machine en bout de rang ?

Même l’herbe du bord du chemin mérite l’extermination chimique.

Vous reprendrez bien de la soupe au poireau ?

Il n’y a pas que le glyphosate, il y a aussi la simazine. Molécule interdite en 2003 en France, photo prise en 2009 au bord d’un champ, le bidon semble tout neuf…

Agonie à gauche d’une bardane, à droite d’une ronce.

Au carabe inconnu tombé dans la grande guerre contre la vie.

Un peu de douceur dans un monde de brutes : à gauche une mauve et à droite une patience résistantes à l’herbicide.

Cartes d’identité : Ronce (Rubus fruticosus) Rosacée ; Bardane (Actium sp.) Astéracée ; Mauve (Malva sp.) Malvacée ; Patience (Rumex sp.) Polygonacée ; Carabe pourpré (Carabus violaceus purpurascens) Coléoptère Carabidé.

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Un bouclier de cire

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L’autre jour, une amie m’a signalé l’existence d’une colonie d’abeilles mellifères logées dans un mur avec les rayons visibles. Une telle opportunité de faire de belles photos n’est pas si fréquente. Je m’y suis rendu aussitôt.

Une protection renforcée

La colonie loge dans le mur nord d’une vieille bâtisse en moellons, à six mètres de hauteur environ. Une pierre s’est détachée, laissant dans le mur une ouverture de 17 cm de hauteur sur 14 cm de large donnant accès à une cavité de volume inconnu, mais jugé suffisant par l’essaim qui s’est installé début mai d’après le témoignage de la propriétaire des lieux.

La cavité bouchée photographiée du haut d’une échelle un peu courte.

Les nouvelles occupantes ont estimé qu’un trou de vol de cette dimension était du luxe, comparé à l’inconfort thermique qu’il procure. Elles l’ont donc bouché avec deux rayons de protection de laissant que de petites fentes de communication avec l’intérieur sur le côté Est, c’est à dire à l’opposé des vents dominants, et en bas.

Un sacré paquet de cire

Fait remarquable, ces rayons de protection sont constitués d’une lame de cire de près d’un centimètre d’épaisseur. Les cirières ont dû travailler plusieurs semaines pour arriver à un tel résultat : bâtir tous les rayons du nid nécessaires à l’élevage des larves et au stockage du miel, plus ces deux rayons-boucliers, assurance contre les mauvaises conditions météorologiques hivernales.

Zoom sur le bouclier de cire : la trame hexagonale d’un rayon classique est bien visible, mais les parois des alvéoles sont tout juste ébauchées.

La construction de rayons renforcés de ce genre n’est pas une nouveauté pour les abeilles mellifères. Elle est régulièrement signalée à l’occasion de la description de nids construits en plein air. Mais elle n’est pas habituelle. Ce n’est qu’un pis-aller, pour palier aux défauts d’un logement que les abeilles ont occupé faute d’avoir pu trouver un lieu plus confortable.

Une colonie normale

Mis à part cette caractéristique, la colonie est normale. Derrière les deux boucliers de cire, j’ai pu entrevoir un rayon classique aux alvéoles bien formés et profonds, avec des ouvrières s’affairant dessus. Impossible de voir le reste du nid, et de savoir combien de rayons il compte. La cavité semble modeste. Les abeilles ont-elles assez de place pour stocker tout le miel nécessaire à leur survie hivernale ? L’avenir le dira.

À gauche, la fente entre le mur et le bouclier de protection laisse entrevoir un rayon normal. À droite, le trou de vol au bas des rayons. Ce sont des abeilles à dominance noire avec des signes d’hybridation avec les italiennes.

Le trou de vol se situe au bas à droite des rayons. Les butineuses entrent et sortent sans discontinuer, rapportant nectar et pollen prélevés sur les nombreux lierres qui fleurissent sur les arbres et les murs des alentours. Quelques gardiennes suffisent à surveiller le trafic. Il n’y a aucun signe de stress dû aux attaques des frelons asiatiques. D’ailleurs je n’en ai vu aucun durant la demi-heure qu’ont duré mes observations. Ils devraient pourtant être nombreux à ce moment de l’année.

 

Carte d’identité : Abeille mellifère (Apis mellifera) Apidé, Hyménoptère.

 

Un monde sans abeilles se prépare

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L’intelligence collective humaine est confrontée à de nombreux défis, tel celui de la disparition des pollinisateurs, dont le cas très médiatisé de l’abeille mellifère n’est que le sommet émergé de l’iceberg. Si certains préconisent des solutions de bon sens, comme la remise en question du modèle « tout chimique » de l’agriculture conventionnelle, d’autres estiment que les effets négatifs de la technologie peuvent être réparés par encore plus de technologie.

 

Des insectes obstacles au progrès

Prenons l’exemple de la tomate, l’un des légumes les plus consommés, donc les plus cultivés au monde, avec une production commerciale totale de 170 millions de tonnes en 2016 d’après la FAO. Elle est pollinisée en Europe par les bourdons, aidés dans le Midi par les xylocopes, les grosses abeilles charpentières.

Quand les hollandais ont commencé à produire de la tomate sous serre en hiver dans les années 1960, ils se sont aperçus que les ruches sur lesquelles ils comptaient pour polliniser les fleurs n’étaient pas suffisamment efficaces. Le pollen n’est libéré que lorsque la fleur est excitée par une vibration qui correspond à celle du vol des bourdons, pas de l’abeille mellifère. Ils ont donc fabriqué des vibreurs électriques et payé des gens pour exciter manuellement les fleurs de tomate.

Pollinisation de la tomate par vibration naturelle, et par vibration artificielle (prototype américain de vibreur bricolé pour petits producteurs).

Jusqu’à ce qu’un petit malin fasse fortune en trouvant l’astuce pour briser la diapose hivernale des reines de bourdon et leur loue un bon prix des ruches de bourdons. Avec des dégâts collatéraux non négligeables comme la raréfaction des bourdons en Turquie, où ils étaient prélevés dans le milieu naturel, ou l’émergence de maladies dans les élevages.

Une première solution : les OGM

Une équipe japonaise a publié en mars 2017 dans la revue Nature un article au titre abscond : « Rapid breeding of parthenocarpic tomato plants using CRISPR/Cas9 » que l’on peut traduire par « Production rapide de plants de tomate parthénocarpiques en utilisant des ciseaux moléculaires ». Par cette technique OGM, ils peuvent produire des plants de tomate, et prennent-ils soin de préciser, de nombreuses autres plantes horticoles importantes, formant des fruits sans fécondation.

La tomate OGM japonaise sans pépins.

Le site grand public américain newscientist.com sur lequel j’ai trouvé cette information la résume à sa façon dans son titre : « Gene editing opens doors to seedless fruit with no need for bees » (L’édition de gène ouvre la porte au fruit sans pépins n’ayant pas besoin des abeilles). Tout est dit : les abeilles deviennent inutiles et cerise sur le gâteau vous n’aurez plus de pépins dans votre salade de tomate. C’est le progrès. L’écolo rétrograde se reconnaîtra bientôt non plus à la bougie qui l’éclaire mais aux pépins dans son assiette !

Une seconde solutions : les robots

Mais toutes les plantes ne peuvent pas bénéficier de ces avancées de la science. Par exemple des arbres fruitiers comme le pommier ou l’amandier ne disposent pas de variétés ayant une production importante de fruits de qualité sans pollinisation par les insectes. Mais là encore, la technologie sera salvatrice : des drones miniaturisés les remplaceront.

Le dessin en 3D du projet de drone pollinisateur Beeonic.

Le n°8 de la web-revue Les Entomonautes a publié en juillet un petit article fort instructif évoquant le sujet. Plusieurs équipes, des États Unis au Japon en passant par l’Europe, rivalisent d’inventivité en la matière. Certaines n’en sont qu’au concept, comme Beeonics, d’autres ont construits des prototypes. Avec d’évidentes arrière-pensées commerciales, le déclin des abeilles ouvrant la perspective de juteux marchés avec les agriculteurs.

Bientôt, l’un des arguments les plus forts des protecteurs de la biodiversité, les services qu’elle rend pour la pollinisation des cultures, risque de ne plus être pris en compte par nos décideurs puisque des solutions technologiques alternatives, facteurs de sacro-sainte croissance, existeront. Nous vivons une époque formidable, comme disait Reiser.

Que reste-t-il à voir dans nos campagnes? 2. Le champ de tournesol

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Après le champ de blé en juillet, j’ai passé une heure dans un champ de tournesol en août. Semé tardivement, sa croissance a été fortement ralentie par la canicule de fin juin et de début juillet. Alors que les premiers tournesols ont fleuri dès la deuxième quinzaine de juin dans les environs, lui n’a fleuri que dans la première quinzaine d’août.

L’agriculteur a peut-être cru que la récolte était perdu, et n’a pas fait les frais d’un traitement herbicide : il était « sale », traduisez que de nombreuses plantes adventices poussaient au pied des tournesols.

Le champ de tournesol, et en gros plan les adventices qui l’envahissent.

Des fleurs attractives

Un rucher d’une quarantaine de ruches se trouvant dans le petit bois qui borde le champ, les abeilles mellifères butinaient par milliers, parfois jusqu’à 6 par fleur. La deuxième espèce la plus fréquente était le bourdon terrestre, dont j’ai croisé plusieurs dizaines d’individus.

De haut en bas et de gauche à droite : bourdon terrestre, abeille mellifère, bourdon des pierres, bourdon des champs, chrysope aux yeux d’or.

J’ai aussi remarqué quelques individus de deux autres espèces communes, le bourdon des pierres et le bourdon des champs. Plus inattendue, une chrysope aux yeux d’or a été surprise venant se nourrir sur une fleur, et quelques autres volaient dans la végétation adventice. Par contre je n’ai vu aucune abeille solitaire.

Un feuillage vide

Durant cette heure d’observation, je n’ai vu aucun insecte se nourrissant sur le feuillage des tournesols. Ceux que j’ai pu prendre en photo s’y reposaient ou s’y déplaçaient. L’espèce la plus fréquente a été la coccinelle asiatique, une bonne dizaine d’individus croisés tout au long de la balade, dont deux en train de s’accoupler.

De gauche à droite et de haut en bas : coccinelles asiatiques s’accouplant, coccinelle à 7 points, criquet italien, punaise des céréales, punaise des boites aux lettres.

Les autres insectes n’ont été vus qu’à un seul exemplaire. Une coccinelle à 7 points marchait sur une tige, mais je n’ai vu aucun puceron sur les plantes que j’ai examinées. Un criquet italien s’est posé sur une feuille, avant de sauter quelques instants plus tard vers le sol. Deux punaises mangeuses de graines se trouvaient sur les feuilles, et non sur les fleurs où des graines commençaient pourtant à se former : une punaise des céréale et une punaise des boites aux lettres.

Des mauvaises herbes riches de vie

Plusieurs plantes sauvages étaient en fleurs au pied des tournesol : souci des champs, moutarde des champs, cirse des champs, et même un peu de bleuet des champs. Cette belle unanimité dans leurs noms communs prouve qu’elles sont bien à leur place, parfaitement adaptées aux sols labourés.

Les fleurs de cirse étaient de loin les plus attractives. Quelques individus de trois espèces de papillon les butinaient : belles dames, aux ailes usées et même déchirées signe d’un long chemin déjà parcouru, paons de jour aux couleurs au contraire très fraîches, et un tabac d’Espagne venu probablement du bois voisin. Voletant près du sol, se posant pour repartir ensuite, une piéride de la rave semblait chercher un endroit où déposer sa ponte.

De gauche à droite et de haut en bas : Belle dame, paon de jour, piéride de la rave, tabac d’Espagne.

Diverses mouches se pressaient sur les fleurs, dont deux seulement m’étaient connues : l’échinomyie sauvage, une tachinaire parasite de nombreuses chenilles, et la mouche à damier. La présence de cette dernière est plutôt un bon signe pour la santé du sol, puisque ses larves parasitent les vers de terre.

De gauche à droite et de haut en bas : Échinomyie sauvage, mouche à damier, abeille mellifère, bourdon des pierres.

Malgré l’énorme quantité de pollen produit par les fleurs de tournesol, abeilles et bourdons se contentaient de butiner le nectar. Par contre j’ai vu de nombreuses abeilles mellifères et quelques bourdons des pierres butiner les moutardes des champs pour le pollen. Une preuve que les « mauvaises herbes » ne sont mauvaises que pour l’homme, mais qu’elles sont bonnes pour la biodiversité.

 

Cartes d’identité : Abeille mellifère (Apis mellifera) Apidé, Hyménoptère ; Bourdon terrestre (Bombus terrestris) Apidé, Hyménoptère ; Bourdon des pierres (Bombus lapidarius) Apidé, Hyménoptère ; Bourdon des champs (Bombus pascuorum) Apidé, Hyménoptère ; Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) Coccinellidé, Coccinelle à 7 points (Coccinella septempunctata) Coccinellidé, Coléoptère ; Criquet italien (Calliptamus italicus) Acrididé, Orthoptère ; Punaise des céréales (Aelia acuminata) Pentatomidé, Hétéroptère ; Punaise des boites aux lettres (Melanocoryphus albomarginatus) Lygéidé, Hétéroptère ; Belle dame (Vanessa cardui) Nymphalidé, Lépidoptère ; Paon du jour (Inachis io) Nymphalidé, Lépidoptère ; Tabac d’Espagne (Argynnis paphia) Nymphalidé, Lépidoptère ; Piéride de la rave (Pieris rapae) Piéridé, Lépidoptère ; Echinomyie sauvage (Tachina fera) Tachinidé, Diptère ; Mouche à damier (Sarcophaga carnaria) Calliphoridé, Diptère.

Papillons des Pyrénées

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À l’occasion d’un service de presse, j’ai découvert un livre remarquable sur les papillons des Pyrénées qui donne envie de prendre son sac à dos, son appareil photo et de partir en randonnée dans la montagne.

Des infos originales et utiles

À première vue, ce livre prend l’aspect d’un guide classique avec 91 espèces traitées de papillons de jour (Papilionidés et Nymphalidés) et illustrées 600 photographies prises sur le vif. Les index habituels (noms latins et noms français des papillons abordés) sont complétés par un index des plantes citées et une liste des lieux référencés, rendant la recherche des informations très facile.

Mais ce n’est pas une simple compilation de données puisées dans la littérature disponible. C’est la synthèse d’un inventaire personnel de l’auteur, l’aboutissement d’un travail d’exploration de plusieurs années sur le terrain.

Papillons Pyrénées Couv VA

Un livre de passion

L’auteur souhaite nous faire partager ses connaissances et ses découvertes accumulées au fil d’un long travail de terrain. Berger, montagnard, naturaliste, photographe et poète, il ne correspond pas vraiment au portrait-robot de l’entomologiste scientifique, ce qui apporte beaucoup de fraîcheur dans la forme de son texte sans altérer la grande qualité scientifique des données répertoriées.

Comme Jean-Louis Fourès écrit avec passion, il n’hésite pas à nous faire partager aussi ses émotions, ses doutes, ses coups de cœur et quelques coups de gueule. Je me retrouve notamment dans une pensée particulière : « La nature se remettra du passage de l’homme. Elle a connu glaciation, volcanisme, météorites. Elle s’en est toujours remise. Le seul vrai problème des hommes est le devenir de leur propre espèce. »

Papillons Pyrénées Int VA

Une initiative à soutenir

Ce compagnon de randonnée qui fait aimer les papillons et les Pyrénées, qui incite aux balades dans la nature pour découvrir les lieux photographiés et leurs riches faune et flore, a été édité par une petite maison d’édition. Fondée à cette occasion, elle n’a pas l’intention de s’arrêter là :

« Avec cette maison d’édition, notre objectif est celui de nous attarder sur une vision particulière sur l’art, la nature, le sauvage de notre patrimoine pyrénéen et le valoriser. À l’heure du développement durable des patrimoines, c’est un moyen culturel de le redécouvrir et de l’apprécier. Un projet osé à l’heure du numérique mais la transmission n’est pas impossible !!! »

 

Papillons des Pyrénées, Compte-rendu d’inventaire élémentaire des papillons diurnes des Pyrénées, Tome 1 Papilionidae et Nymphalidae par Jean-Louis Fourès, éditions La Cassignole, 2017, 320 p. 34,50 €. www.editionslacassignole.com