La Possiblerie, un investissement pour l’avenir de la biodiversité

Mots-clés

, ,

Je ne cesse de me plaindre au fil des articles de ce blog de l’inexorable régression de la biodiversité autour de moi. L’une des principales raisons de cette situation catastrophique se trouve dans les pratiques agricoles conventionnelles (monoculture, herbicides, insecticides et autres pesticides, élevage hors sol…) qui dominent largement dans notre pays. Le seul espoir d’inverser la tendance est de faire évoluer ce modèle agricole français anti-nature.

Quand la vigne est traitée chimiquement, tout le monde en profite (en moyenne seuls 30% du produit finissent sur les feuilles, le reste se retrouve dans l’atmosphère, sur le sol ou la végétation non-cible)

Je ne sais pas si cette évolution est possible, tellement le système semble verrouillé entre syndicat dominant, coopératives, exigences des industriels de l’agro-alimentaires, de la grande distribution, des règlements (ou des dérèglements) du commerce mondialisé. Le récent psychodrame autour du glyphosate, dont beaucoup de nos agriculteurs, tels des junkies, affirment ne pas pouvoir se passer, a montré que même la santé humaine n’était pas un argument suffisant pour faire avancer les choses. Alors les petites bêtes et les herbes folles, n’en parlons pas.

Une victime des armes chimiques. Que fait le Conseil de sécurité de l’ONU ?

Il existe pourtant de nombreuses initiatives dans le monde agricole pour faire évoluer les choses. Encore très minoritaires, elles représentent l’avenir. Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, c’est l’addition de nos soutiens individuels en tant que citoyens conscients des problèmes de dégradation de notre environnement et de notre santé qui permettra à ces initiatives de vivre, de se développer et je l’espère de devenir un jour l’agriculture majoritaire.

Personnellement, j’ai apporté ma pierre à ce mouvement aussi nécessaire qu’encore fragile en m’engageant à investir dans une part sociale du projet « La Possiblerie ». Il a été lancé par deux amis viticulteurs bio, Delphine et Benoît Vinet du Domaine Émile Grelier dans le Bordelais, avec qui je collabore d’un point de vue naturaliste depuis plusieurs années (voyez à ce sujet mon article dans la revue INSECTES).

Delphine Vinet et Allain Bougrain-Dubourg lors de l’inauguration du refuge LPO du Domaine Émile Grelier en 2014.

Pour Delphine et Benoit, La Possiblerie sera le lieu d’une nouvelle paysannerie respectueuse et durable, tournée vers plus de bienveillance, de bon sens et de coopération. La Possiblerie souhaite faire bouger les lignes de la viticulture par une vraie démarche agroécologique éthique et respectueuse de l’environnement et de la biodiversité de proximité, en défendant la préservation de la vie du sol, la nécessité des arbres et la conservation de l’eau, sans oublier une transmission pédagogique.

Le premier projet de La Possiblerie concerne l’acquisition du Château La Bardonne, une propriété viticole de 11 hectares en Gironde, à proximité du Domaine Emile Grelier.Possiblerie Delphine et Benoit

C’est un sacré pari, qui n’est pas encore gagné et qui a besoin de rassembler d’autres personnes convaincues du bien fondé d’une telle démarche. C’est pourquoi je vous encourage à aller visiter le site de La Possiblerie, à prendre connaissance du projet, à échanger avec Delphine et Benoit lors des diverses rencontres organisées un peu partout dans les semaines qui viennent, à en parler autour de vous comme je le fais moi-même.

Si les personnes conscientes des graves problèmes que va connaître notre planète dans un futur proche ne sont pas capables de se mobiliser humainement et financièrement pour que les choses évoluent en profondeur, qui le fera à leur place, à notre place ?

Publicités

Phénologie 2018 : c’est le blogueur qui s’affole, pas la nature

Mots-clés

, , , , ,

Le premier février, dans mon précédent article, je m’inquiétais du démarrage très précoce de la végétation dans le jardin et de l’apparition surprenante d’un mâle d’osmie. Je fantasmais sur les dégâts à craindre en cas de vague de froid. La vague de froid est venue, mais pas les dégâts.

Une simple vaguelette

Si le nord et l’est de la France ont été touchés par une véritable vague de froid, ici en Charente maritime elle a ressemblé à une simple vaguelette. Le pic de la crise a eut lieu le premier jour, le 6 février, avec un peu de neige le matin qui a blanchi le jardin, avant de fondre dans l’après-midi.

Le jardin juste après l’averse de neige et juste avant la fonte.

Durant dix jours, les températures ont été bien plus hivernales qu’en janvier, mais un hiver tout à fait supportable. Il a gelé certains matins, avec un minima à -4,5° mais pour une heure à peine. Si pendant un jour ou deux la température maximale dans la journée n’a pas dépassé 2 ou 3°, la plupart du temps le mercure grimpait jusqu’à 8 ou 10°.

Aucun signe de stress chez les végétaux

Je m’inquiétais pour mes rosiers en pleine pousse et pour mes jonquilles qui commençaient à fleurir avec plus d’un mois d’avance sur une année « normale ». La couche de neige puis les températures un peu froides qui ont suivi semblaient conforter mes craintes. Mais tout s’est bien passé et le refroidissement n’a eut presque aucun effet sur les plantes.

Les jonquilles et les rosiers, comme si de rien n’était.

Les pousses des rosiers, pourtant bien tendres et fragiles, ont supporté sans problème les quelques moments de gel. Seul effet des basses températures, leur développement a été quasiment arrêté, comme si elles avaient été mises en chambre froide. Quant aux jonquilles, elles ont continué à s’ouvrir les unes après les autres et tous les boutons sont maintenant éclos. Une autre touffe, d’une variété entièrement jaune et un peu plus tardive, est elle aussi en pleine floraison.

Les osmies ne sont pas tombées dans le panneau

L’apparition très précoce d’un petit mâle d’osmie, dès le 31 janvier, qui a motivé l’écriture de mon article précédent, s’avère au final sans grande signification phénologique car sa cellule n’était pas close par un épais bouchon de terre. Ce n’était qu’une exception qui confirme la règle. La règle étant qu’il est encore trop tôt pour les osmies, puisqu’aucun autre individu n’est sorti à ce jour.

Les premières fleurs du prunier myrobolan sont sorties le jour de la Saint Valentin.

Comme dans la haie le prunier myrobolan, aux bourgeons floraux prêts à éclater dès avant la vaguelette de froid, a commencé à fleurir, il y a fort à parier qu’ils apparaîtront prochainement. Et s’ils ne le font pas, c’est que nous aurons probablement encore un petit coup de gel dans les jours à venir. Wait and see, comme disent nos amis anglais.

Carte d’identité : Osmie cornue (Osmia cornuta), Apidés, Hyménoptères.

Phénologie 2018 : les compteurs s’affolent déjà !

Mots-clés

, , , , ,

En mars 2015, dans un article consacré au tircis messager du printemps, je faisais allusion à une autre espèce me servant à apprécier l’arrivée précoce ou tardive de cette saison : l’osmie. L’osmie cornue pour être précis, qui loge depuis trente ans dans des nichoirs accrochés dans l’encadrement de ma porte-fenêtre.

Le nichoir à osmie actuel.

Une surprise hier matin

Hier 31 janvier j’ai trouvé un minuscule mâle d’osmie sur la terrasse au pied du nichoir. Pas bien vaillant, il est mort dans les heures qui ont suivi. Sa taille était anormalement petite. L’examen du nichoir m’a montré qu’il était sorti d’une galerie non fermée par un bouchon de terre. Ce qui veut dire que sa mère est morte avant d’avoir pu finir le travail. Sa taille anormale indique qu’elle devait être épuisée et qu’elle n’a pas accumulé suffisamment de provisions à son intention pour lui assurer un développement normal.

Le mâle minitaure d’osmie avec une allumette pour donner l’échelle.

Au-delà de cette considération anecdotique, la date d’apparition de cette osmie est surprenante. Comme c’est la règle chez les abeilles solitaires, les mâles apparaissent les premiers, 10 à 15 jours avant les femelles. Ils se reconnaissent au toupet blanc qui orne leur face. Depuis trente ans que je cohabite avec les osmies, j’ai pu me rendre compte que cette date de sortie pouvait varier de quatre à cinq semaines selon que l’année est précoce ou tardive.

D’autres signes dans le même sens

D’après mes notes, la sortie se faisait une année normale dans les derniers jours de février ou les premiers jours de mars. L’année la plus précoce enregistrée jusqu’alors, 2003 qui s’est caractérisée par la fameuse canicule du mois d’août, le premier mâle était sorti le 14 février, le jour de la Saint Valentin. L’année la plus tardive, en 2006, il était sorti le 14 mars. 2015, avec une sortie le 12 mars, se classait dans les années tardives. Mais cette année tous les records sont battus avec un mois d’avance sur une année moyenne !

La première jonquille du jardin.

D’autres signes corroborent cette précocité, notamment le début de la floraison des jonquilles, dont la première fleur s’est ouvert le 30 janvier. Habituellement, cette floraison commence début mars. 2016 avait déjà été une année très précoce pour les jonquilles, avec une floraison dernière semaine de janvier. Par contre les osmies n’étaient sorties qu’à partir du 19 février.

Attention au retour de bâton

Le plus inquiétant dans l’affaire, c’est le stade très avancé de certains arbres et arbustes. Au verger, les bourgeons de fleurs de prunier ne vont pas tarder à éclater. Un ami viticulteur, occupé en ce moment par la taille de la vigne, m’a indiqué qu’elle « pleurait » déjà sur certaines parcelles, c’est à dire que la sève ayant recommencé à circuler des gouttes apparaissent au niveau des sections de taille. Quant aux rosiers, les plus avancés montrent déjà des pousses de plusieurs centimètres de long.

Pour ce rosier, manifestement c’est déjà le printemps.

Statistiquement, le mois de février est le plus froid de l’année. En 2012, lors de la dernière période de grand froid chez moi, le thermomètre est descendu jusqu’à -12 ° au petit matin avec des températures négatives dans la journée plusieurs jours de suite. J’espère que la perception du climat par les osmies, les jonquilles, les rosiers et les arbres fruitiers est fiable, car si une période de froid de ce genre intervient d’ici le 15 mars, les dégâts seront très importants. 2018 risquerait alors d’être une année sans production de fruits ni de roses ou presque.

 

Carte d’identité : Osmie cornue (Osmia cornuta), Apidés, Hyménoptères.

Le bois du chevreuil

Mots-clés

, ,

Le bois du chevreuil

Les promenades nez au sol pour détecter ce qui bouge sur le sol offrent parfois de belles surprises, même en hiver quand la nature est endormie. L’autre jour, j’ai eu la chance de tomber sur un beau bois de chevreuil mâle en bordure d’un champ. Avec ses trois pointes, il appartenait à un chevreuil d’au moins trois ans.

Trouvaille inespérée

L’animal est très commun autour de chez moi, venant souvent se nourrir dans les cultures la nuit pour se réfugier dans les bois dans la journée. Certains individus plus hardis que les autres vont jusqu’à fréquenter les jardins du village en hiver, où ils apprécient les choux. Mais si les bois des mâles tombent chaque année, je n’en avais jamais trouvé un seul.

Un joli bois dont les pointes sont polies par les frottements.

Pourtant, durant quelques années, je les ai recherchés avec assiduité, arpentant les mêmes lieux qu’eux. J’ai pu photographier toutes les traces qu’ils peuvent laisser, empreintes, crottes, grattages au sol, frottis sur de jeunes arbres, reposées dans les herbes, coulées dans les buissons, touffes de poils dans les ronces, sauf ce fameux bois.

Une récolte d’automne

Les bois du mâle tombent chaque année en octobre ou novembre, au hasard des déplacements et des activité du chevreuil, la plupart du temps l’un après l’autre. Il est difficile de trouver un beau bois intact, sauf à compter sur la chance, et il est extrêmement rare d’en trouver une paire.

La texture spongieuse bien fraîche de la base du bois.

Le bois, constitué d’un tissu osseux, ne pourrit pas, ou très lentement. Mais il s’altère peu à peu lorsqu’il est soumis aux intempéries, et surtout il est souvent rongé par des micromammifères, et peut-être d’autres espèces plus grandes : vous trouvez à vendre sur Internet des morceaux de bois de cerf pour donner à votre chien. Mon bois, en excellent état avec une partie spongieuse bien visible à la base, est manifestement tombé depuis quelques semaines au plus.

Ça tombe et ça repousse

Dès que les bois tombent, ceux qui les remplaceront commencent à pousser, recouvert d’une peau, le velours. Le mâle que j’ai photographié en mars dernier montre des bois déjà bien repoussés mais toujours recouverts du velours. Ils sont opérationnels à la fin du printemps, quand commence la saison du rut et les combats pour les femelles.

Je suis repéré. Dans deux secondes le mâles aux bois de velours et les deux chevrettes auront disparu dans le bois.

Si les chevreuils sont faciles à voir autour de chez moi surtout au petit matin, s’ils n’ont pas peur de se rapprocher des habitations, la forte pression de chasse qu’ils subissent les rend très méfiants. Dès qu’ils aperçoivent une silhouette humaine, ils prennent la fuite. Pour prendre cette mauvaise photo, j’ai dû utiliser au maximum le zoom numérique de l’appareil photo. Lors de toutes mes tentatives d’approcher assez près pour obtenir une belle photo, j’ai été invariablement détecté très vite, ce qui déclenche une fuite quasi immédiate.

Carte d’identité : Chevreuil (Capreolus capreolus) Cervidé, Artiodactyle

Si l’abeille disparaissait de la surface du globe…

Mots-clés

, , , ,

…l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre. Cette phrase attribuée à Albert Einstein est largement reprise sous diverses variantes par les défenseurs des abeilles et de la nature dans des communiqués de presse, brochures, dépliants et autres documents de communication. Elle apparaît jusqu’au générique de fin de Nos enfants nous accuseront, un film documentaire consacré aux problèmes posés par l’agriculture conventionnelle sorti en 2008,

Une citation doublement fausse…

La prédiction est angoissante et son auteur présumé un solide garant de sa véracité puisque ce fut l’un des plus grands scientifiques du XXe siècle. D’où son efficacité apparente pour soutenir le message de ceux qui se battent pour faire prendre conscience au grand public et aux autorités du drame que représente la disparition des abeilles. Efficacité apparente seulement, car cette citation est doublement fausse.

D’abord parce que les deux tiers de la production agricole mondiale ne dépendent pas de la pollinisation par les animaux. Si les abeilles, et plus généralement les pollinisateurs disparaissaient, l’humanité perdrait beaucoup en qualité de vie, mais son avenir ne serait pas menacé à très court terme. Ensuite parce qu’Einstein n’en est pas l’auteur.

Un physicien génial incompétent en écologie

Snopes, un site Internet spécialisé dans le démontage des rumeurs, a publié en avril 2007 le travail très fouillé de deux de ses collaborateurs autour de cette citation. Leur conclusion ? La plus ancienne mention qui leur est connue remonte à janvier 1994, dans un communiqué de presse distribué par l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF) lors d’une manifestation à Bruxelles. Mais la phrase n’a été retrouvée dans aucun écrit d’Einstein, décédé une quarantaine d’années plus tôt, en 1955 et lui est donc faussement attribuée.

Cette conclusion est corroborée par le conservateur des Archives Albert Einstein conservées à l’Université hébraïque de Jérusalem, Roni Grosz. Dans une interview au magazine Gelf à l’occasion de cette enquête de Snopes, il déclare « qu’il n’y avait aucune preuve qu’Einstein ait jamais dit ou écrit cette phrase« , et « qu’Einstein n’avait pas de compétence particulière ni même d’intérêt pour l’écologie, l’entomologie ou les abeilles« .

Un homme d’église trahi par sa mémoire

Je pense avoir trouvé l’auteur de cette citation apocryphe : l’abbé Barthélémy, curé des Bessons près de Saint Chély d’Apcher en Lozère. Ecclésiastique et apiculteur, décédé en 1998, il a écrit de nombreux articles pour la presse apicole. La Revue Française d’Apiculture, édité par l’UNAF, a publié en 1991 dans son numéro 508 l’un de ses articles dans lequel il donne deux phrases à méditer : « La première est du grand physicien allemand Albert Einstein (1879-1955). En voici le sens, à défaut des termes exacts « Si les abeilles venaient à disparaître, l’humanité n’aurait que quatre ans à vivre ». »

Pièce justificative

L’abbé Barthélémy cite manifestement de mémoire, et ne garantit pas la littéralité de sa citation. Il a peut-être aussi confondu son auteur. Quelques personnes ont avancé que la phrase était du fondateur de la biodynamie, l’anthroposophe allemand Rudolf Steiner. Einstein-Steiner, les deux noms portent en effet à confusion, le plus célèbre pouvant être venu à l’esprit de l’abbé à la place du moins célèbre. Mais je n’ai pas trouvé non plus cette phrase, ni même quelque chose d’approchant, dans les « Entretiens sur les abeilles » de Steiner.

 

Carte d’identité : Abeille mellifère (Apis mellifera) Apidé, Hyménoptère.