Des avantages inattendus du paillage

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L’autre jour, occupé à jardiner au potager, mon attention a été attirée par un rougegorge effronté qui se posait sur un piquet près de moi, le bec plein d’insectes et autres petites proies. Manifestement, son nid n’était pas loin et il attendait que j’aie le dos tourné pour y accéder.

Le rougegorge sur son piquet, bec rempli

Un paillage protecteur

Habitant une région aux étés souvent secs, je protège la terre des carrés surélevés du potager par une épaisse couche de paillage. J’utilise le foin sec coupé à l’automne dans la prairie attenante. Afin d’empêcher les herbes folles d’envahir mes cultures, je force souvent la dose en étalant le foin sur dix à vingt centimètres d’épaisseur. C’est efficace, seuls le liseron et le chiendent parviennent à passer au travers.

En bas de la photo, le paillage soulevé donne accès au nid

En surveillant le rougegorge du coin de l’œil, je me suis aperçu qu’il se faufilait dans le paillage à l’angle d’un carré surélevé. J’avais repiqué des plants de courgettes dans ce carré une semaine auparavant sans rien remarquer. Discrétion indispensable pour une espèce nichant au sol, à la couvée exposée à de nombreux prédateurs.

Nid douillet

J’ai attendu que l’oiseau reparte à la chasse aux insectes avant de venir inspecter les lieux. Effectivement, à un endroit où le paillage semblait soulevé, une courte galerie s’enfonçait dans son épaisseur. Au fond d’une courte galerie j’ai aperçu quatre, peut-être cinq oisillons déjà emplumés.

Les oisillons tassés au fond du nid

Malgré ma présence indiscrète et le flash de l’appareil photo, il n’ont pas esquissé un seul mouvement ni émis un seul cri. Ils se tassaient au fond du nid pour se fondre le mieux possible dans la pénombre. Leur plumage marron foncé s’avère un excellent camouflage, les confondant avec la terre ou les feuilles mortes.

Couvée réussie

Vu l’âge des oisillons, cela faisait plusieurs semaines que le nid était occupé, par la femelle couveuse puis par les petits. Malgré des passages quotidiens dans le potager, je n’avais rien remarqué ni entendu jusque là. Ma chienne qui me suit partout, et dont la truffe passait au ras de l’ouverture du nid, n’a rien détecté non plus. Les chats des voisins qui hantent mon jardin la nuit, quand la chienne est confinée dans la maison, et qui sont venus plusieurs fois déposer leurs crottes dans mes semis de salade dans le châssis d’à côté, n’ont pas été plus perspicaces.

Un jeune rougegorge en pleine émancipation

La couvée a été un succès. Quelques jours plus tard, les oisillons ont quitté le nid et se sont dispersés. J’ai pu en photographier un qui prenait le soleil sur le paillage avant de se réfugier en voletant à l’abri de la haie épaisse. Mon paillis servait déjà d’abri à de nombreux insectes et autres invertébrés terrestres, ainsi qu’à des crapauds sans oublier les mulots et les campagnols. Je peux donc ajouter à la liste un oiseau nicheur. Paillez, paillez, c’est beaucoup mieux que la terre nue pour la biodiversité.

Carte d’identité : Rougegorge (Erithacus rubecula) Passereau, Oiseau.

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L’arbre aux cétoines

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Cela fait plus de deux mois et demi que je n’ai pas alimenté ce blog. La raison ? Je m’étais promis de ne me remettre au clavier que pour écrire un papier positif et optimiste. Et ce n’est qu’il y a quelques jours que ma rencontre avec un alisier torminal en fleurs m’a donné la matière nécessaire pour cet article. Enfin une abondance d’insectes, petite oasis dans un triste désert !

Alisier torminal en fleurs

Souverain contre la colique

Ce petit arbre disséminé dans les haies et les bois se reconnaît à son beau feuillage qui l’a fait beaucoup cultiver autrefois dans les parcs. Les feuilles, aussi larges que longues, sont divisées en cinq à neuf lobes plus ou moins profondément divisés. Les fleurs blanches sont rassemblées en ombelles, véritables pistes d’atterrissage pour de nombreux insectes.

Fruit d’alisier torminal

Ses petits fruits brun mat, mûrs au début de l’automne, sont rassemblés en grappe au bout de longues queues. Comestibles, leur saveur acidulée peu agréable disparaît quand ils sont blets. Autrefois, ils étaient utilisés pour fabriquer une eau de vie appréciée ou comme remède contre la colique. Les oiseaux en sont friands et ils disparaissent vite de l’arbre quand ils sont mûrs.

Une symphonie de reflets rutilants

Fleurissant en mai dans ma région, l’alisier torminal est noyé dans la masse des arbres et arbustes en fleurs en cette saison. Mon attention a été attirée non par les fleurs elles-mêmes mais par les reflets mordorés de nombreuses cétoines venant les brouter. Sur les fleurs à hauteur de mes yeux, j’en ai compté près d’une trentaine, la plupart en train de se nourrir, quelques unes accouplées.

Vertes, dorées, pourpres, rouges, bronzées, de face, de profil, seules, accouplées, les cétoines pullulaient sur les fleurs d’alisier.

Cette espèce très commune est remarquable par ses coloris somptueux à reflets métalliques. La plupart des individus sont verts avec des reflets dorés plus ou moins accentués, d’où le nom de l’espèce. Mais certains se parent de rouge, de pourpre ou prennent l’aspect du bronze poli. Les livres indiquent que de rares individus peuvent être bleus, voire noirs, mais je n’en ai jamais rencontré.

Un aimant à butineur

Alors que malheureusement la plupart des autres fleurs disponibles en lisière du bois restaient désespérément vides d’insectes, cet alisier, seul de son espèce sur plus de deux cents mètres de lisière, avait attiré les cétoines en grand nombre. Une ombelle sur deux au moins était occupée par un ou plusieurs individus. Mais durant les quelques minutes où je suis resté pour prendre des photos, deux autres butineurs peu fréquents, sans compter les mouches, sont venu visiter les fleurs : un sphinx gazé et une carte géographique.

Sphinx gazé à gauche, carte géographique forme de printemps à droite.

Comme son cousin beaucoup plus fréquent le moro-sphinx, le sphinx gazé vole sur place sans se poser pour butiner, déroulant sa longue trompe pour pomper le nectar. Son pelage jaune barré d’une bande pourpre le distingue du moro-sphinx, gris-brun avec l’abdomen bordé de noir et blanc.

La carte géographique, cantonnée dans l’est de la France il y a encore un siècle, a aujourd’hui colonisé toutes les régions de l’ouest. La génération de printemps à dominante orange, ici photographiée, est très différente de la génération d’été, à dominante noire.

 

Carte d’identité : Alisier torminal (Sorbus torminalis) Rosacé ; Cétoine dorée (Cetonia aurata) Coléoptère Cétoniidé ; Sphinx gazé (Hemaris fusciformis) Lépidoptère Sphingidé ; Carte géographique (Araschnia levana) Lépidoptère Nymphalidé.

La Possiblerie, un investissement pour l’avenir de la biodiversité

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Je ne cesse de me plaindre au fil des articles de ce blog de l’inexorable régression de la biodiversité autour de moi. L’une des principales raisons de cette situation catastrophique se trouve dans les pratiques agricoles conventionnelles (monoculture, herbicides, insecticides et autres pesticides, élevage hors sol…) qui dominent largement dans notre pays. Le seul espoir d’inverser la tendance est de faire évoluer ce modèle agricole français anti-nature.

Quand la vigne est traitée chimiquement, tout le monde en profite (en moyenne seuls 30% du produit finissent sur les feuilles, le reste se retrouve dans l’atmosphère, sur le sol ou la végétation non-cible)

Je ne sais pas si cette évolution est possible, tellement le système semble verrouillé entre syndicat dominant, coopératives, exigences des industriels de l’agro-alimentaires, de la grande distribution, des règlements (ou des dérèglements) du commerce mondialisé. Le récent psychodrame autour du glyphosate, dont beaucoup de nos agriculteurs, tels des junkies, affirment ne pas pouvoir se passer, a montré que même la santé humaine n’était pas un argument suffisant pour faire avancer les choses. Alors les petites bêtes et les herbes folles, n’en parlons pas.

Une victime des armes chimiques. Que fait le Conseil de sécurité de l’ONU ?

Il existe pourtant de nombreuses initiatives dans le monde agricole pour faire évoluer les choses. Encore très minoritaires, elles représentent l’avenir. Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, c’est l’addition de nos soutiens individuels en tant que citoyens conscients des problèmes de dégradation de notre environnement et de notre santé qui permettra à ces initiatives de vivre, de se développer et je l’espère de devenir un jour l’agriculture majoritaire.

Personnellement, j’ai apporté ma pierre à ce mouvement aussi nécessaire qu’encore fragile en m’engageant à investir dans une part sociale du projet « La Possiblerie ». Il a été lancé par deux amis viticulteurs bio, Delphine et Benoît Vinet du Domaine Émile Grelier dans le Bordelais, avec qui je collabore d’un point de vue naturaliste depuis plusieurs années (voyez à ce sujet mon article dans la revue INSECTES).

Delphine Vinet et Allain Bougrain-Dubourg lors de l’inauguration du refuge LPO du Domaine Émile Grelier en 2014.

Pour Delphine et Benoit, La Possiblerie sera le lieu d’une nouvelle paysannerie respectueuse et durable, tournée vers plus de bienveillance, de bon sens et de coopération. La Possiblerie souhaite faire bouger les lignes de la viticulture par une vraie démarche agroécologique éthique et respectueuse de l’environnement et de la biodiversité de proximité, en défendant la préservation de la vie du sol, la nécessité des arbres et la conservation de l’eau, sans oublier une transmission pédagogique.

Le premier projet de La Possiblerie concerne l’acquisition du Château La Bardonne, une propriété viticole de 11 hectares en Gironde, à proximité du Domaine Emile Grelier.Possiblerie Delphine et Benoit

C’est un sacré pari, qui n’est pas encore gagné et qui a besoin de rassembler d’autres personnes convaincues du bien fondé d’une telle démarche. C’est pourquoi je vous encourage à aller visiter le site de La Possiblerie, à prendre connaissance du projet, à échanger avec Delphine et Benoit lors des diverses rencontres organisées un peu partout dans les semaines qui viennent, à en parler autour de vous comme je le fais moi-même.

Si les personnes conscientes des graves problèmes que va connaître notre planète dans un futur proche ne sont pas capables de se mobiliser humainement et financièrement pour que les choses évoluent en profondeur, qui le fera à leur place, à notre place ?

Phénologie 2018 : c’est le blogueur qui s’affole, pas la nature

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Le premier février, dans mon précédent article, je m’inquiétais du démarrage très précoce de la végétation dans le jardin et de l’apparition surprenante d’un mâle d’osmie. Je fantasmais sur les dégâts à craindre en cas de vague de froid. La vague de froid est venue, mais pas les dégâts.

Une simple vaguelette

Si le nord et l’est de la France ont été touchés par une véritable vague de froid, ici en Charente maritime elle a ressemblé à une simple vaguelette. Le pic de la crise a eut lieu le premier jour, le 6 février, avec un peu de neige le matin qui a blanchi le jardin, avant de fondre dans l’après-midi.

Le jardin juste après l’averse de neige et juste avant la fonte.

Durant dix jours, les températures ont été bien plus hivernales qu’en janvier, mais un hiver tout à fait supportable. Il a gelé certains matins, avec un minima à -4,5° mais pour une heure à peine. Si pendant un jour ou deux la température maximale dans la journée n’a pas dépassé 2 ou 3°, la plupart du temps le mercure grimpait jusqu’à 8 ou 10°.

Aucun signe de stress chez les végétaux

Je m’inquiétais pour mes rosiers en pleine pousse et pour mes jonquilles qui commençaient à fleurir avec plus d’un mois d’avance sur une année « normale ». La couche de neige puis les températures un peu froides qui ont suivi semblaient conforter mes craintes. Mais tout s’est bien passé et le refroidissement n’a eut presque aucun effet sur les plantes.

Les jonquilles et les rosiers, comme si de rien n’était.

Les pousses des rosiers, pourtant bien tendres et fragiles, ont supporté sans problème les quelques moments de gel. Seul effet des basses températures, leur développement a été quasiment arrêté, comme si elles avaient été mises en chambre froide. Quant aux jonquilles, elles ont continué à s’ouvrir les unes après les autres et tous les boutons sont maintenant éclos. Une autre touffe, d’une variété entièrement jaune et un peu plus tardive, est elle aussi en pleine floraison.

Les osmies ne sont pas tombées dans le panneau

L’apparition très précoce d’un petit mâle d’osmie, dès le 31 janvier, qui a motivé l’écriture de mon article précédent, s’avère au final sans grande signification phénologique car sa cellule n’était pas close par un épais bouchon de terre. Ce n’était qu’une exception qui confirme la règle. La règle étant qu’il est encore trop tôt pour les osmies, puisqu’aucun autre individu n’est sorti à ce jour.

Les premières fleurs du prunier myrobolan sont sorties le jour de la Saint Valentin.

Comme dans la haie le prunier myrobolan, aux bourgeons floraux prêts à éclater dès avant la vaguelette de froid, a commencé à fleurir, il y a fort à parier qu’ils apparaîtront prochainement. Et s’ils ne le font pas, c’est que nous aurons probablement encore un petit coup de gel dans les jours à venir. Wait and see, comme disent nos amis anglais.

Carte d’identité : Osmie cornue (Osmia cornuta), Apidés, Hyménoptères.

Phénologie 2018 : les compteurs s’affolent déjà !

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En mars 2015, dans un article consacré au tircis messager du printemps, je faisais allusion à une autre espèce me servant à apprécier l’arrivée précoce ou tardive de cette saison : l’osmie. L’osmie cornue pour être précis, qui loge depuis trente ans dans des nichoirs accrochés dans l’encadrement de ma porte-fenêtre.

Le nichoir à osmie actuel.

Une surprise hier matin

Hier 31 janvier j’ai trouvé un minuscule mâle d’osmie sur la terrasse au pied du nichoir. Pas bien vaillant, il est mort dans les heures qui ont suivi. Sa taille était anormalement petite. L’examen du nichoir m’a montré qu’il était sorti d’une galerie non fermée par un bouchon de terre. Ce qui veut dire que sa mère est morte avant d’avoir pu finir le travail. Sa taille anormale indique qu’elle devait être épuisée et qu’elle n’a pas accumulé suffisamment de provisions à son intention pour lui assurer un développement normal.

Le mâle minitaure d’osmie avec une allumette pour donner l’échelle.

Au-delà de cette considération anecdotique, la date d’apparition de cette osmie est surprenante. Comme c’est la règle chez les abeilles solitaires, les mâles apparaissent les premiers, 10 à 15 jours avant les femelles. Ils se reconnaissent au toupet blanc qui orne leur face. Depuis trente ans que je cohabite avec les osmies, j’ai pu me rendre compte que cette date de sortie pouvait varier de quatre à cinq semaines selon que l’année est précoce ou tardive.

D’autres signes dans le même sens

D’après mes notes, la sortie se faisait une année normale dans les derniers jours de février ou les premiers jours de mars. L’année la plus précoce enregistrée jusqu’alors, 2003 qui s’est caractérisée par la fameuse canicule du mois d’août, le premier mâle était sorti le 14 février, le jour de la Saint Valentin. L’année la plus tardive, en 2006, il était sorti le 14 mars. 2015, avec une sortie le 12 mars, se classait dans les années tardives. Mais cette année tous les records sont battus avec un mois d’avance sur une année moyenne !

La première jonquille du jardin.

D’autres signes corroborent cette précocité, notamment le début de la floraison des jonquilles, dont la première fleur s’est ouvert le 30 janvier. Habituellement, cette floraison commence début mars. 2016 avait déjà été une année très précoce pour les jonquilles, avec une floraison dernière semaine de janvier. Par contre les osmies n’étaient sorties qu’à partir du 19 février.

Attention au retour de bâton

Le plus inquiétant dans l’affaire, c’est le stade très avancé de certains arbres et arbustes. Au verger, les bourgeons de fleurs de prunier ne vont pas tarder à éclater. Un ami viticulteur, occupé en ce moment par la taille de la vigne, m’a indiqué qu’elle « pleurait » déjà sur certaines parcelles, c’est à dire que la sève ayant recommencé à circuler des gouttes apparaissent au niveau des sections de taille. Quant aux rosiers, les plus avancés montrent déjà des pousses de plusieurs centimètres de long.

Pour ce rosier, manifestement c’est déjà le printemps.

Statistiquement, le mois de février est le plus froid de l’année. En 2012, lors de la dernière période de grand froid chez moi, le thermomètre est descendu jusqu’à -12 ° au petit matin avec des températures négatives dans la journée plusieurs jours de suite. J’espère que la perception du climat par les osmies, les jonquilles, les rosiers et les arbres fruitiers est fiable, car si une période de froid de ce genre intervient d’ici le 15 mars, les dégâts seront très importants. 2018 risquerait alors d’être une année sans production de fruits ni de roses ou presque.

 

Carte d’identité : Osmie cornue (Osmia cornuta), Apidés, Hyménoptères.