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Le premier jour de mon arrivée dans la maison que j’habite aujourd’hui, j’ai remarqué la présence de quelques entonnoirs de fourmilion dans la terre poussiéreuse à l’entrée d’un hangar. Trente ans plus tard, non seulement ces entonnoirs sont toujours là, mais ils se sont multipliés et répandus un peu partout dans le hangar.

Cratères lunaires à l’entrée du hangar. Le diamètre de l’entonnoir donne une idée de la taille et de l’âge de l’occupant.

Quand le sol se dérobe sous les pattes

L’efficacité du piège des larves de fourmilion repose sur l’instabilité des grains de sable ou de poussière roulant les uns sur les autres. Une proie s’aventurant sur la pente de l’entonnoir voit le sol se dérober sous ses pattes et dégringole vers le fond, où se tient la larve enterrée. Au besoin, celle-ci accélère la dégringolade en bombardant sa future victime de jets de sable.

À gauche, une larve en plein creusement de son entonnoir. À droite un entonnoir terminé avec le bourrelet bien visible des déblais évacués par la larve.

Les larves ne peuvent donc prospérer que dans un sol bien sec. Dans la nature, elles se trouvent à l’entrée des grottes, à l’abri de surplombs rocheux, au pied des gros arbres. En région méditerranéenne aux étés secs, les entonnoirs s’observent facilement en plein air à la seule condition que le sol ne soit pas compact. Près de l’homme, elles profitent du pied des murs, du dessous des ponts, des appentis et autres bâtiments au sol de terre battue.

Le lion des fourmis

Le nom commun de cet insecte fait référence à sa proie supposée la plus fréquente, les fourmis. Très nombreuses à arpenter le sol, sans ailes donc incapables d’échapper au piège, les fourmis représentent en effet une proie habituelle dans les endroits où elles prolifèrent. Mais je n’en ai jamais vu arpenter le sol du hangar.

Pourtant les entonnoirs ne cessant de se multiplier, il fallait bien que les larves de fourmilion trouvent une nourriture régulière dans ce qui me semblait un désert biologique. Pour écrire cet article, j’ai fait l’effort d’observer avec minutie plusieurs dizaines d’entonnoirs. J’ai fini par trouver la clé de l’énigme. Mes fourmilions s’engraissent de cloportes, que j’observe rarement car ils sont nocturnes.

Au bord d’un entonnoir, en bas de l’image, la dépouille d’un cloporte rejetée par la larve de fourmilion.

Crocheter et aspirer

Un cloporte récupéré sous un pot de fleur a servi de cobaye pour la vérification. Déposé au bord du plus grand entonnoir, il n’a pu éviter la chute et s’est vite retrouvé au fond. À ce moment une larve est sortie de la poussière comme un diable sort de sa boite. Ses longues mandibules en forme de crochets effilés se sont refermées sur lui et tout était terminé.

Une larve de fourmilion extraite de son entonnoir avec ses longs et fins crochets à l’avant de la tête.

Les larves de fourmilion, comme les araignées, pratiquent la digestion externe. Elles injectent des sucs digestifs par leurs crochets creux dans le corps de la proie, puis elles aspirent les chairs liquéfiées et prédigérées. La dépouille vidée de son contenu est ensuite expulsée sur le bord de l’entonnoir.

 

Carte d’identité : Fourmilion, Névroptère Myrméléonidé.

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