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Dans les années 1980, la graphiose, une maladie cryptogamique, a fait disparaître quasiment tous les ormes adultes de France. Avec des conséquences en cascade sur les insectes associés à ces arbres autrefois présents partout, dans les forêts, dans les haies et sur les places et les trottoirs des villes et des villages.

 

Une maladie impitoyable

Le champignon responsable de la graphiose de développe dans les canaux du tronc permettant la circulation de la sève, consommant celle-ci à son profit. Les branches périphériques, qui ne sont plus alimentées, commencent à se dessécher et en quelques mois toute la partie aérienne de l’arbre dépérit. Seules les racines survivent, et émettent des rejets vigoureux.

Jeune orme malade, quelques branches à droite commencent à se dessécher.

La maladie est transmise d’arbre en arbre par un petit insecte coléoptère, le scolyte, qui pond sous l’écorce. Les larves creusent l’aubier et dessinent un motif caractéristique. Comme il ne s’intéresse qu’aux troncs ayant un diamètre supérieur à 10-12 cm, les jeunes ormes peuvent se développer durant plusieurs années, et même fleurir et produire des grains, avant de mourir. L’arbre n’a donc pas disparu mais au lieu de vivra plusieurs centaines d’années comme autrefois, il ne dépasse plus dix ou vingt ans.

À gauche : Galeries de scolyte sous l’écorce d’un orme mort. À droite : Grand scolyte de l’orme et sa galerie, dessin tiré du Larousse Agricole de 1921.

La biodiversité affectée

Les vieux ormes abritaient autrefois une faune associée abondante. Par exemple, plus d’une vingtaine de chenilles et au moins une dizaine de galles étaient susceptibles de se trouver sur leur feuillage. Les jeunes ormes qui survivent en lisière des bois ou dans les haies autour de chez moi semblent désertés : je n’y vois que très rarement des traces de consommation par des insectes et que quelques petites galles isolées.

La grande tortue, dont la chenille se nourrit en autres sur les ormes.

J’ai longtemps attribué cette désaffection au trop jeune âge des ormes pas assez attirants pour cette faune associée, sans vraiment approfondir la question. À l’occasion d’un séjour dans l’Hérault, la rencontre avec un bouquet de jeunes ormes le long d’un parking de bord de route m’a agréablement surpris. Je n’ai disposé que de quelques minutes pour l’explorer, mais il était riche d’une vie que je n’avais pas observée depuis longtemps.

Jeunes ormes en bordure d’une vigne dans les environs de Montpellier.

Galéruque et puceron

Mon regard a été aussitôt attiré par d’innombrables taches brunes sur le feuillage de l’un d’entre eux. Leur forme quadrangulaire plutôt que circulaire faisait penser à une attaque d’insectes plutôt qu’à une maladie cryptogamique. Effectivement, presque toutes les feuilles hébergeaient une ou plusieurs larves de la galéruque de l’orme.

Traces de consommation de feuilles d’orme par la galéruque de l’orme.

Cette chrysomèle était autrefois très abondante et pouvait causer certaines années favorables des dégâts importants sur les arbres d’alignement en ville. En trente ans, je n’en ai pas observé une seule sur les ormes autour de chez moi. J’en ai photographié en Aveyron et dans la région parisienne, mais c’était des exemplaires dispersés. Là, j’ai retrouvé une vraie pullulation comme autrefois.

À gauche larve et à droite adulte de galéruque de l’orme.

Bizarrement, l’arbre d’à côté était beaucoup mois attaqué. Par contre, il portait de nombreuses galles spectaculaires, dues à une espèce proche du puceron lanigère bien connu des arboriculteurs, Eriosoma lanuginosum au corps gris-noir recouvert d’une cire blanche. Je n’avais jamais observé non plus cette galle autour de chez moi, bien qu’elle ne passe pas inaperçue puisqu’elle peut dépasser 10 cm de diamètre.

À gauche grosse galle sur une feuille d’orme et à droite vue des pucerons qui se trouvent à l’intérieur.

Les jeunes ormes abritent la même faune que les ormes âgés. La raréfaction de ces espèces autrefois commune ne peut donc être mis au passif de la graphiose. Deux morales à cette petite histoire. Voilà encore un signe de la mauvaise santé de la biodiversité dans ma région où vigne et grandes cultures dominent. Et le Midi reste un paradis pour qui s’intéresse aux insectes, même s’il est moins riche qu’autrefois.

 

Carte d’identité : Ormes (Ulmus sp.), Ulmacées ; Grande tortue (Nymphalis polychloros) Lépidoptère Nymphalidé ; Galéruque de l’orme (Xanthogaleruca luteola) Coléoptère Chrysomélidé ; Grand scolyte de l’orme (Scolytus scolytus) Coléoptère Curculionidé ; Eriosoma lanuginosum Hémiptère Aphididé.

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