Sauvetage d’une colonie sauvage d’abeilles mellifères Acte 2

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Mon dernier article traitait de la récupération matinale d’un morceau de tronc de platane habité par des abeilles mellifères. Voici maintenant le film de leur installation dans l’après-midi dans un bois à 35 kilomètres de leur lieu d’origine.

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Un grand merci à la sécheresse hivernale qui nous a permis d’accéder sans difficulté avec la remorque chargée à bloc dans le petit bois de chêne de destination en traversant une prairie. Maintenant, nous ne disposons plus de la grue de la société d’élagage. Il va falloir utiliser de l’huile de coude, et un outil miracle, le treuil manuel.

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Le tronçon découpé à la base du platane est posé au sol pour servir de base au morceau de tronc. La remorque est basculée et le tronc tiré centimètre par centimètre grâce au treuil manuel.

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Après beaucoup d’efforts et quelques suées, nous avons réussi à basculer le tronc sur sa base. La remorque est évacuée mais le chantier n’est pas fini : il faut maintenant centrer le tronc sur sa base.

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Bis repetita, le treuil reprend du service. Attaché à la base des arbres des environs, il permet, en tirant en arrière, puis à droite, puis à gauche, de centrer le tronc.

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Le tronc est en place. La photo est prise du sud, le trou d’entrée se trouve à l’est, bien protégé des vents dominants. Quand nous pourrons disposer d’un tracteur avec une fourche, nous viendrons soulever le tronc pour placer des parpaings qui isoleront du sol la rondelle servant de base. Et nous allons nous en procurer une autre pour servir de toit protecteur au dessus du tronc.

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Un petit coup de flash dans le couloir d’entrée du nid. Les abeilles sont là, bien vivantes. Il faut maintenant attendre l’acte III : une belle journée de mars, pour surveiller les butineuses. Si certaines reviennent avec des boules de pollen, c’est que l’élevage bat son plein au cœur des rayons. La reine est vivante, ou si elle a été tuée lors de l’abattage de l’arbre les ouvrière ont pu élever une reine de remplacement.

 

Carte d’identité : Abeille mellifère (Apis mellifera), Hyménoptère Apidé

Sauvetage d’une colonie sauvage d’abeilles mellifères, acte 1

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Un ami élagueur m’appelle : une colonie sauvage d’abeilles mellifères se trouve à 15 mètres de hauteur dans le tronc creux d’un platane destiné à être abattu à Saujon. Est-il possible de les sauver ? Pas sûr, mais nous allons essayer, un voisin et moi.

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L’arbre est abattu. À 15 mètres de hauteur, l’atterrissage doit représenter un sacré choc ! Mais des témoignages relevés dans la presse apicole montrent que les abeilles sont très résilientes et peuvent survivre à cette épreuve.

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L’ami élagueur nous informe que la cavité était déjà habitée en 2013, lors du précédent chantier d’élagage auquel il a participé à cet endroit. Dans le platane en face, un gros nid de frelon asiatique très dégradé, donc datant manifestement de 2015, est encore visible.

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Le tronçonnage du tronc pour son évacuation découvre la cavité habitée. Le diamètre du trou fait environ 30 centimètres : la cavité jauge 35 litres environ pour 50 centimètres de hauteur, 50 litres pour 70 cm, un volume idéal pour les abeilles. Une rondelle a été découpée dans un secteur sain de la base du tronc pour servir de base au tronçon.

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En écartant la sciure qui encombre le trou, je peux apercevoir quelques débris de rayons et un paquet d’abeilles bien vivantes. Si la reine a survécu, la colonie pourra se remettre de cette épreuve.

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Le trou d’envol est fermé par un chiffon, la section du tronc par une planche pour éviter que les abeilles ne sortent pendant les manipulations un peu rudes qui les attendent encore.

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Le haut du tronçon est raccourci au maximum pour réduite le poids à transporter : notre remorque est prévue pour une tonne, pas plus.

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La grue charge le tronçon de platane habité dans la remorque. Le matériel professionnel est bien pratique : c’est la phase la plus facile du transfert. Maintenant, en route vers le bois de Saint Savinien où seront désormais logées les abeilles. La suite dans quelques jours.

Carte d’identité : Abeille mellifère (Apis mellifera), Hyménoptère Apidé

Le mystère du nombril de Vénus

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Depuis plus de 20 ans, je regarde chaque année quelques pieds de nombril de Vénus verdir, pousser, fleurir et se dessécher sur un mur selon un rythme immuable. A priori rien de surprenant pour une plante grasse adaptée à vivre sur des rochers ingrats. Sauf que c’est le seul endroit que je connaisse où pousse cette plante dans les environs, et c’est un mur calcaire alors qu’elle est sensée ne vivre que sur les sols acides.

Dodu et succulent

Cousin des orpins et des joubarbes, le nombril de Vénus est parfaitement adapté à la vie sur les rochers, les éboulis, les troncs et autres endroits où le sol est squelettique. Les murs de pierre lui offrent un milieu alternatif qu’il occupe fréquemment. Les racines ne pouvant puiser qu’avec parcimonie l’eau nécessaire à la vie, la plante présente les adaptations classiques de la flore des zones désertiques. Ses grandes feuilles grasses stockent l’eau des périodes pluvieuses, et son tubercule seul survit durant les périodes difficiles. La plante attend le retour des pluies pour reverdir.

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Tiges en graines de nombrils de Vénus à la fourche d’un chêne dans une haie du Morbihan

Le nombril de Vénus est largement répandu dans le Sud, le Centre et l’Ouest. Il est fréquent en Bretagne où je le vois partout, au bord des chemins creux comme sur les murs. Le sol lui convient parfaitement, puisque toutes les flores sont formelles. Il vit sur les terrains acides, siliceux, sur les rochers de granite, de schiste ou de grès.

Sous la gouttière percée

Mes nombrils de Vénus poussent en haut d’un vieux mur de moellons, comme on dit dans le pays, c’est à dire de pierres grossièrement taillées et liées avec un mortier de sable et de chaux. C’est le chai d’une vieille ferme construite au XIXème siècle voire avant. A trois mètres de hauteur, quelques pieds bénéficient de l’arrosage abondant d’une gouttière en zinc d’abord percée, aujourd’hui dessoudée. Conditions idéales pour cette plante, à une réserve près : le substrat n’est pas acide, mais calcaire, très calcaire.

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Les nombrils de Vénus sous la gouttière dessoudée. Annepont (17)

Ces cinq ou six pieds me semblent bien esseulés. J’ai exploré tous les murs du village et des hameaux alentours, je n’en ai vu nulle part ailleurs. Ils semblent accidentels, arrivés là par hasard. Bien que produisant apparemment des graines chaque année, aucune ne germe jamais, ou si elle germe les plantules ne survivent pas. Je m’inquiète pour la pérennité de cette station car le jour où la gouttière sera réparée, elle risque de disparaître à jamais.

Exilé en pays calcaire

Mon village est situé sur des terrains turoniens. Pour les non-géologues, je traduis : sur des terrains datant du Crétacé, c’est à dire de la période de la craie, du calcaire. La chlorose est le plus gros problème dans mon jardin. Il existe bien des poches de sable décalcifié sur le plateau, sur lesquelles poussent des genêts, des ajoncs et des châtaigniers. Mais nulle part de nombril de Vénus. Et même si ce sable a été utilisé pour le mortier du mur, il a été mélangé avec de la chaux.

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Zoom sur une belle touffe de nombril de Vénus en pleine croissance

La survie, et même la vie, de ces nombrils de Vénus dans un environnement leur convenant aussi peu me pose question. Sont-ils aberrants, adaptés ou au moins tolérants aux sols calcaires ? Mais dans ce cas pourquoi d’autres pieds n’apparaissent pas sur les vieux murs des alentours ? S’ils ne tolèrent que les substrats acides, qu’est-ce qui les fait supporter la chaux du mortier et le calcaire turonien des moellons ? Et comme je n’en vois nulle part ailleurs, comment sont-ils arrivés à 3 mètres de hauteur sur un mur vertical ? À ma connaissance, ce n’est pas une plante cultivée qu’on trouve dans les jardineries.

Mystère de la vie et de sa force. Si des lecteurs/lectrices de ce blog ont une explication à fournir sur cette anomalie végétale, je les remercie d’avance.

 

 

Fiche d’identité : Nombril de Vénus (Umbilicus rupestris), Crassulacées

Contrôle du frelon asiatique, un bilan d’étape

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Dans un article de septembre dernier, j’ai exposé la méthode que je testais pour diminuer la pression de prédation du frelon asiatique sur mes colonies d’abeilles mellifères. Après quelques mois de recul, le bilan est mitigé.

Une efficacité immédiate visible

Pour connaître la pression de prédation du frelon asiatique sur mes colonies, j’ai filmé l’entrée des deux nichoirs avec un appareil photo Canon G9. Je pouvais obtenir environ 2 h d’images par jour, que je regardais en accéléré pour repérer les attaques des frelons. J’ai commencé à capturer et empoisonner les frelons début septembre. A ce moment, chaque colonie subissait plusieurs attaques par heure, jusqu’à quatre.

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En haut, les abeilles groupées à l’entrée du nichoir, en bas à droite un frelon à l’affût en vol stationnaire.

J’ai arrêté la capture des frelons le 30 septembre, faute de combattants. Je n’en voyais plus devant les nichoirs, et les films de contrôle confirmaient leur disparition. J’ai de nouveau remarqué des attaques en novembre, mais peu nombreuses et à une époque où les colonies étaient peu actives. Donc la méthode israélienne a bien fonctionné.

Une mauvaise année pour les frelons

Mais d’autre part, les frelons asiatiques ont été moins nombreux en 2016 qu’en 2015, peut-être à cause des conditions climatiques atypiques du printemps très pluvieux et de l’été très sec. Le constat est sans appel : à l’automne 2015, j’ai repéré ou on m’a indiqué huit nids de frelons asiatiques sur le territoire de ma commune. Sept se trouvaient dans des arbres, un dans un bâtiment. Cet automne, je n’ai trouvé aucun nid aérien récent (deux nids ruinés de 2015 sont encore visibles), on m’a indiqué un nid dans un bâtiment.

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Nid ruiné datant de 2015 et photographié en décembre 2016

Pourtant, je suis certain qu’il y avait au moins deux nids près de chez moi car les frelons capturés puis relâchés après leur avoir donné l’appât empoisonné s’envolaient dans deux directions opposées. Comme je n’ai pas pu repérer ces nids, je n’ai pas pu vérifier si la colonie a bien été détruite par le poison. Et le faible nombre de frelons ne me permet pas de conclure sur l’efficacité réelle de mon expérience : peut-être que sans rien faire, les deux colonies auraient résisté seules.

 

Toujours beaucoup de mortalité chez les abeilles

Sur les huit colonies sauvages et les cinq colonies logées en nichoir d’abeilles mellifères que j’ai suivies dans un rayon de 10 km autour de chez moi, quatre colonies sauvages et une colonie en nichoir sont mortes. Une colonie sauvage a été volontairement détruite car logée sous le toit d’un gîte rural où elle posait des problèmes de cohabitation. J’ai constaté la mort des trois autres à l’automne. Dans deux cas sur trois, les frelons asiatiques étaient nombreux à venir piller les colonies moribondes. Ils ont donc au moins accéléré leur disparition, mais je ne sais pas s’ils en sont la cause première.

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Le même nid un an plus tôt, photographié en octobre 2015

La colonie logée en nichoir est morte fin novembre. C’est l’une des deux que j’ai protégées par empoisonnement ciblé des frelons. Ceux-ci ne sont donc pas responsables de cette mort, même si j’ai vu quelques pillards s’y introduire en novembre. Cette mort a été brutale, la colonie était encore très active un mois plus tôt, sans cadavres accumulés dans le nichoir ou à son pied. Elle semble s’être vidée de ses occupantes. Les réserves de miel sont très importantes, je les estime à une trentaine de kilos. Et le varroa n’y est pour rien, car c’est un essaim récupéré fin mai, donc ses populations n’ont pas eu le temps de se développer suffisamment en quelques mois pour tuer la colonie.

 

Conclusion, il est trop tôt pour que je puisse conclure sur l’efficacité de la méthode israélienne pour lutter contre le frelon asiatique. Je vais continuer l’expérience l’année prochaine, en modifiant un peu le protocole. J’interviendrai dès fin juillet ou début août, quand la pression des frelons commence à se faire sentir sur les colonies, mais quand la population du nid n’est pas encore à son maximum. Sa destruction devrait être plus facile et plus rapide. Et j’essaierai de repérer le ou les nids de destination des frelons empoisonnés pour me rendre compte si la destruction est complète ou si la colonie de frelons est seulement affaiblie.

 

Fiche d’identité : Frelon asiatique (Vespa velutina), Hyménoptère Vespidé ; Abeille mellifère (Apis mellifera), Hyménoptère Apidé

Pollution de l’air et insectes

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L’anticyclone établi sur la France depuis quelques jours a entrainé un pic de pollution de l’air sur la plus grande partie du territoire, en particulier dans les grandes villes. La presse ne tarit pas d’information sur les effets de cette pollution sur notre santé. Mais qu’en est-il pour les insectes ?

Des études peu nombreuses…

Dès le XIXème siècle et les débats autour du darwinisme, des preuves sont apportées de l’effet négatif de la pollution de l’air sur les insectes. C’est la célèbre affaire du « mélanisme industriel », première preuve de la sélection naturelle en action. Les formes claires d’un papillon, la phalène du bouleau, régressent au profit des formes sombres dans les régions industrielles d’Angleterre. La mort des lichens clairs à cause du dioxyde de soufre et le dépôt de la suie du charbon sur les troncs les rendaient trop visibles pour les oiseaux.

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Forme sombre de la phalène du bouleau

Quelques études ont montré la responsabilité de la pollution de l’air, et en particulier des composés soufrés, dans le déclin des populations d’arthropodes : les araignées à Londres dans les années 1930, l’ensemble des insectes en Pologne dans les années 1970, les acariens et les collemboles en Suisse dans les années 1990.

… et parfois contradictoires

Mais d’autres études sur la pollution de l’air par l’ozone montrent un stress des plantes augmentant généralement leur attractivité et leur qualité pour les insectes végétariens qui s’en nourrissent et dont les populations augmentent. Mais c’est variable selon les espèces, certaines n’étant pas affectés par cette pollution à l’ozone et quelques unes déclinant au contraire.

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Le cadavre d’un bourdon terrestre sur un trottoir d’Issy les Moulineaux en juin 2016 : épuisement, collision avec une voiture, pollution de l’air ?

De même, l’azote émis par les pots d’échappement participe à un enrichissement en nitrate des sols entraînant l’augmentation dans les villes des populations de certains insectes, notamment les suceurs de sève comme les pucerons.

La preuve par les moineaux

Dès les années 1960, les ornithologues avaient attribué à la pollution de l’air la diminution du nombre d’insectes volants responsable du déclin des oiseaux insectivores à Londres. L’ornithologue Kate Vincent a publié en 2005 une thèse sur les causes du déclin du moineau en Grande Bretagne allant dans ce sens.

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Le piaf parisien bientôt sur la liste des espèces protégées en Île de France ?

Elle montre que la diminution des populations de moineau est due notamment à la moins bonne réussite des couvées liée à une alimentation de moins bonne qualité des oisillons en insectes. En clair, ils souffrent de malnutrition ou meurent de faim car les parents ne peuvent pas leur apporter suffisamment d’insectes des espèces les plus nourrissantes. Et le poids des oisillons est d’autant plus faible que la pollution de l’air par le dioxyde d’azote est élevée. CQFD !

La mer est pleine de déchets, les rivières, les nappes phréatiques et les sols sont gorgés de pesticides et de nitrates, l’air devient difficilement respirable pour les insectes comme pour nous. Nous vivons bien dans un monde fini, et chaque jour nous en touchons un peu plus les limites.
Fiches d’identité : Phalène du bouleau (Biston betularia) Lépidoptère Géométridé ; Bourdon terrestre (Bombus terrestris) Hyménoptère Apidé ; Moineau domestique (Passer domesticus) Oiseau Passereau