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Les vacances sont parfois l’occasion de renouer avec de vieux amis perdus de vue. C’est ce qui m’est arrivé lors d’un récent séjour en Bretagne. J’ai revu la petite tortue, un papillon autrefois très commun que je n’ai plus observé dans ma région depuis 2003.

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Une petite tortue butinant sur l’orpin âcre, Kergrist Moëlou le 12 juillet 2016

Une brusque disparition

En 2007, à l’occasion d’un inventaire photographique des papillons du sud de la Charente maritime, j’ai brusquement pris conscience de la disparition de la petite tortue dans mon jardin et de très forte régression dans la région. Je n’ai aucune trace de ce papillon dans mes notes et dans mon « carnet d’observations numérique », c’est à dire le stock de photos numériques que je prends depuis 2003 des insectes qui croisent ma route. La chose a fait l’objet d’un article dans la revue INSECTES.

Ce papillon était si banal pour moi que je ne le voyais plus, ou plus exactement que je n’ai pas pris conscience que je ne le voyais plus. Pourtant ses chenilles se développent en groupe sur les orties, et sont aussi voyantes que celles du paon de jour. Maintenant que je fais attention, je peux certifier que depuis 2007 je n’en ai vu nulle part en Poitou-Charentes. Au printemps 2013, qui fut froid et pluvieux, j’ai cru voir un adulte au bord d’un champ près de chez moi. Mais il a disparu avant que je puisse confirmer son identité, et il pouvait s’agir de la grande tortue.

Petite tortue Chenille VA

Jeunes chenilles de petite tortue sur ortie

 

La faute au réchauffement climatique ?

Suite à la parution de l’article, j’ai reçu divers témoignages des quatre coins de la France confirmant les premières impressions, ayant fait l’objet d’un second article. La petite tortue est devenue rare surtout dans le sud et l’ouest en plaine. Elle se maintient dans le quart nord-est et en montagne. Le réchauffement climatique semble expliquer de façon satisfaisante cette régression.

D’autres explications sont également avancées, comme l’augmentation du taux de parasitisme. Elles ne sont pas contradictoires, le réchauffement climatique pouvant favoriser les parasites au point d’effondrer les populations de petite tortue dans les zones trop chaudes. La seule colonie qu’un ami a pu retrouver dans les Deux-Sèvres se trouve au fond d’une vallée ombragée, milieu d’origine des orties plus frais que les environs à cause de son importante humidité.

Vive la fraîcheur de la Bretagne !

Lors de mon passage à l’oasis de Pen an Hoat à Kergrist Moëlou dans les Côtes d’Armor deuxième semaine de juillet, la température la plus élevée a plafonné à 19°, et il faisait plus souvent 17°. La pluie s’est faite discrète, quelques averses et un peu de crachin de temps en temps, mais suffisante pour entretenir une fraîcheur revigorante. Les orties étaient présentes partout, le long des haies et des chemins, au bord du petit ruisseau.

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Massif d’orties au bord d’un ruisselet en bas du jardin de l’oasis de Pen an Hoat, milieu de vie des chenilles

Lors des belles éclaircies, les butineurs se dépêchaient de venir visiter les nombreuses fleurs du jardin. Quelques petites tortues fréquentaient avec assiduité une petite bordure d’orpin à la floraison d’un jaune éclatant. Il m’a donc fallu plus de 13 ans pour revoir ce papillon, bien que je l’aie cherché assidûment durant plusieurs années. La rencontre a été d’autant plus agréable et réconfortante !

 

Fiche d’identité : Petite tortue (Aglais urticae), Lépidoptère Nymphalidé

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