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Lorsque je parle de mon idée fixe, l’effondrement des populations d’insectes depuis un demi-siècle, souvent mes interlocuteurs d’un certain âge citent un exemple qui leur parle pour aller dans mon sens : les pare-brises des voitures ne sont plus aussi salis qu’avant par les impacts des insectes.

Une question d’aérodynamisme

J’ai obtenu mon permis en 1978, et cette année-là, je suis descendu en juillet de Paris à Rodez en Renault 6, mon premier grand voyage en voiture dont je garde des souvenirs précis. Dès la première pause à Orléans, j’ai dû nettoyer mon pare-brise sali par d’innombrables impacts d’insectes. Et à chaque arrêt suivant, j’ai dû recommencer cette corvée.

Lorsque j’ai cité cette anecdote dans un article de la revue INSECTES en indiquant qu’en 2008 une traversée de 400 km du Massif central ne m’avait valu que 4 gros impacts d’insectes, mon collègue de l’OPIE Alain Fraval a fait remarqué que cela pouvait s’expliquer au moins en partie par l’évolution de l’aérodynamisme des voitures, les filets d’air éjectant les insectes avant l’impact.

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La ligne vintage du VW Combi des années 1980

Qualité allemande

J’ai longtemps gardé le projet de refaire mon périple de 1978 avec une vieille Renault 6, ou au moins avec un véhicule aux lignes anciennes, pour savoir si l’aérodynamisme des voitures modernes explique totalement ou partiellement la quasi-disparition des impacts d’insectes sur les pare-brises. L’occasion ne s’en est jamais présentée. Mais j’ai rencontré la semaine dernière une personne qui m’a permis de trancher le débat.

Les allemands construisant des véhicules très solides, leur durée de vie peut être très importante lorsqu’ils sont régulièrement entretenus. Cette personne possède une camionnette Volkswagen Combi Westfalia datant des années 80, à la carrosserie anguleuse à souhait. Le pare-brise est quasiment plan, la seule concession à l’aérodynamisme étant son orientation à 45°. Pour qui connaît les Renault 6, c’est à peu de chose près le même profil.

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Un pare-brise qui semble parfaitement propre après 750 km de route

Un résultat déprimant

Cette brave camionnette a fait les 9 et 10 juillet un trajet la menant de la vallée de l’Adour dans les Hautes-Pyrénées jusqu’au centre de la Bretagne, à l’oasis de Pen an Hoat à Kergrist Moëlou dans les Côtes d’Armor. 750 km en pleine période de chaleur, avec des températures dépassant les 30° sauf en Bretagne, un temps idéal pour le vol des insectes.

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Un seul gros impact d’insecte est visible, plus quelques petits impacts périphériques

L’examen du pare-brise n’incite pas à l’optimisme. Il n’a besoin d’aucun nettoyage. Un seul gros impact est visible, plus une vingtaine d’autres de petite taille ! Cette personne n’a donc croisé la route que d’un seul gros insecte dans sa traversée de la façade atlantique de la France. Le bon aérodynamisme des carrosseries modernes n’explique malheureusement pas la propreté des pare-brises actuels, elle est bien due à l’effondrement des populations d’insectes.

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