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Les apiculteurs israéliens, confrontés à la prédation du frelon oriental (Vespa orientalis) sur leurs ruches, administrent aux ouvrières de frelon un poison à effet retardé. Via l’échange de nourriture, ce poison finit par arriver à la reine et la tuer, ainsi qu’une partie des ouvrières et du couvain. Le nid périclite alors. J’ai décidé de tester la méthode cette année pour protéger mes deux colonies d’abeilles mellifères.

De nombreux avantages

Cette manière de procéder possède plusieurs avantages sur le piégeage avec des appâts sucrés ou protéinés. Elle est très sélective, puisque seuls sont tués les frelons asiatiques, et parmi eux uniquement ceux qui s’attaquent à la colonie ou aux colonies d’abeilles mellifères à protéger. Elle est radicale, puisque la reine étant tuée, le développement du nid est stoppé.

Dans mes sources, le produit utilisé par les apiculteurs est un insecticide chimique de synthèse, souvent un néonicotinoïde. Pour cet essai, j’ai préféré utiliser un produit à base de Spinosad, molécule produite par une bactérie. Elle est donc issue de la chimie organique, et sa durée de vie est très courte, sans risque d’accumulation dans les milieux. Bien que très toxique pour de nombreux invertébrés, le mode d’administration très ciblé permet de limiter son action aux seuls frelons visés. Les ouvrières donnant à la reine de frelon asiatique une nourriture sucrée, j’utilise un gel sucré destiné à la destruction des fourmilières acheté en grande surface.

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Composition du gel empoisonné

Attirer les ouvrières

Pour que seuls les frelons asiatiques se trouvant à proximité des deux colonies d’abeilles mellifères à protéger soient empoisonnés, j’utilise un appât non létal pour les attirer. Après divers essais, j’ai retenu la chair crue de poisson. Elle pourrit vite et doit être changée régulièrement, mais frelons et guêpes la détectent rapidement et viennent y prélever de petites boulettes pour nourrir leurs larves.

Les ouvrières confectionnant leurs boulettes sont si occupées à leur tache qu’il est facile de les attraper avec une pince pour leur administrer le gel empoisonné. Mais pour être sûr de ne jamais rater mon coup, je les attrape avec un petit filet à papillon destiné aux enfants. Je peux ainsi tranquillement les immobiliser avec la pince sans risque d’évasion.

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Deux ouvrières de frelons asiatiques affairées sur le filet de poisson mis à leur disposition

Une friandise appréciée

L’ouvrière immobilisée et sortie du filet est ensuite gavée de gel. Il suffit de déposer une goutte sur les pièces de la bouche. Celles-ci, détectant immédiatement le sucre, se mettent à absorber le produit et la goutte disparaît rapidement. Je recommence une fois ou deux, jusqu’au refus, pour être sûr que le jabot est bien rempli.

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Gavage de l’ouvrière immobilisée

Ensuite, j’ouvre la pince et le frelon s’envole aussitôt vers son nid, ne cherchant pas à retourner vers le poisson. J’ai manipulé ainsi plusieurs dizaines de frelons ces derniers jours, sans qu’aucun n’ait manifesté d’agressivité au moment du relâcher. Il en est tout autrement bien sûr quand ils sont enfermés dans la poche du filet. C’est là qu’il faut faire attention pour ne pas être piqué.

J’ai commencé cette expérience début septembre, quand la pression des frelons asiatiques a commencé à devenir visible. La destruction de la reine et le déclin du nid n’étant pas immédiats, je dois attendre quelques semaines avant de voir si cette méthode ainsi adaptée est efficace ou non. Suite dans un futur article, en octobre ou en novembre.

 

Fiche d’identité : Frelon asiatique (Vespa velutina) et Frelon oriental (Vespa orientalis), Hyménoptères Vespidés

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