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Donald Trump, fidèle à ses promesses électorales (peut-on lui en tenir rigueur ? on râle assez quand ces promesses ne sont pas tenues), nie la réalité du réchauffement climatique et souhaite retirer son pays de l’accord de Paris. Cette grande actualité internationale fait écho à une toute petite actualité dans mon jardin : en nettoyant un massif d’iris, ma compagne a trouvé une exuvie de cigale rouge.

Une méditerranéenne en pleine expansion

Il y a 29 ans, quand nous avons emménagé dans la maison, la cigale rouge n’était présente dans les environs que dans un seul lieu très particulier. Un bois de chênes verts rabougris poussant sur un terrain rocailleux, transformé en ball-trap. Cet aménagement, évitant la plantation d’une vigne, a conservé intact un micromilieu buissonneux et chaud favorable à la cigale, une méridionale quittant parfois le Midi pour s’aventurer jusqu’à la forêt de Fontainebleau.

L’exuvie de cigale rouge sur une feuille d’iris

Dans les années 1990, nous avons commencé à entendre la cigale chez nous, à deux ou trois kilomètres à vol d’oiseau du ball-trap. Un chant de temps en temps, venant le plus souvent d’un gros cerisier qu’elle semblait apprécier plus particulièrement. Dans les années 2000, nous avons entendu deux, parfois trois chants en même temps, signe d’un renforcement des populations. Et cette année pour la première fois nous avons la preuve que la cigale rouge se reproduit dans notre jardin.

Mineuse de fond.

La femelle pond ses œufs en été à l’intérieur d’incisions pratiquées dans des rameaux. Les jeunes larves se laissent tomber au sol dès leur éclosion à l’automne, et s’y enfoncent pour mener une vie souterraine. Parfaitement armées pour creuser la terre la plus dure grâce à leurs pattes avant aplaties en pelle et munies de pointes servant de pic, elle se nourrissent en pompant la sève des racines.

La patte avant transformée en pelle et en pioche est bien visible

Après quatre ans passés dans le sol, leur développement terminé, elles sortent du sol à la fin du printemps et grimpent sur la végétation, un piquet ou autre support de ce genre. Leur peau se fend et l’adulte émerge, très vulnérable durant quelques heures, tant que son corps n’est pas sec. La peau vide de la larve, appelée exuvie, reste longtemps accrochée sur son support, bien visible pour qui sait où la chercher.

Ça chauffe pour les cigales

Si Donald Trump ne perçoit pas, ou ne veut pas percevoir le changement climatique, la cigale rouge y est très sensible et en profite. Son expansion spectaculaire autour de chez moi en trente ans n’est bien sûr pas un fait isolé. Quand je roule fenêtre ouverte en été sur les routes de ma région, je l’entends de plus en plus haut vers le nord. Le point le plus septentrional que j’ai relevé jusqu’à présent se situe près de Lusignan, à une centaine de kilomètres plus au nord.

L’adulte, reconnaissable aux nervures vertes de ses ailes (elles sont rouges chez la majorité des individus).

Autre preuve du changement climatique, la cigale rouge apparaît de plus en plus tôt. Bien sûr, il y a des fluctuations annuelles en fonction des conditions climatiques. Mais l’avancement est net : j’entendais les premières cigales vers la mi-juin il y a trente ans, cette année j’ai noté le premier chant le 21 mai. Si Donald Trump conforte les États Unis dans leur consommation immodérée d’énergies fossiles, le taux des gaz à effet de serre risque de continuer encore à augmenter dans l’atmosphère. À ce rythme dans trente ans, si je suis toujours là pour les entendre, les cigales pourraient chanter dès la fin du mois d’avril, et remonter jusqu’à Bruxelles ou Amsterdam !

 

Carte d’identité : Cigale rouge (Tibicina haematodes), Cicadidé, Homoptère

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