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La croissance des arbres est si lente qu’ils nous semblent ne jamais changer. Nous les considérons trop souvent comme des objets inanimés alors que la vie bouillonne en eux et fait son lent travail de croissance.

Le martyre des arbres

Lors de mes promenades dans la campagne, rien de plus habituel que de croiser un arbre servant de vulgaire poteau. Cas des plus classiques, le panneau « Propriété privée », « Chasse gardée » ou « Réserve de chasse et de faune sauvage » fixé sur un tronc au bord du chemin. Un ou deux clous enfoncés au cœur du bois, et le tour est joué.

Un panneau fraîchement cloué sur un jeune arbre

Un arbre vivant étant bien plus haut, plus solide et plus pérenne qu’un simple piquet, il semble logique de l’utiliser à cet effet. Les clous provoquent des blessures bénignes et localisées, qui n’empêchent pas la circulation de la sève. Mais c’est un raisonnement à court terme. Sur le temps long de la vie de l’arbre, le panneau, corps étranger plaqué contre l’écorce du tronc qui ne cesse de s’agrandir au fil des ans devient vite un obstacle à sa croissance normale.

Un tronc avaleur

La plupart du temps, la présence du panneau provoque l’apparition de boursouflures de l’écorce trahissant une déformation de la couche de bois vivant. L’arbre est affaibli par la perturbation de la circulation de la sève, qui est plus ou moins ralentie. La résistance mécanique du tronc est diminuée à cause de la déformation et celle-ci peut constituer une porte d’entrée des champignons vers le cœur sain du bois, notamment à cause des clous qui rouillent.

Le panneau déformé et rouillé est peu à peu avalé par le tronc

Mais la vie est une force irrésistible qui parfois se joue de tous les obstacles. Au fil des ans, le lent travail de croissance du tronc finit par surmonter l’obstacle, déformant peu à peu le panneau, l’avalant littéralement. Après quelques siècles les débris du panneau finiront par se retrouver au cœur du tronc si l’arbre a la chance d’échapper à l’abattage. Il n’aura pas bougé de place, toujours cloué sur le cerne correspondant à l’année de sa mise en place. C’est le bois créé année après année qui aura fini par le submerger.

La mort par étranglement

Tant que les canaux de sève peuvent faire circuler le précieux liquide dans le tronc, l’arbre continue à vivre même s’il est plus ou moins affaibli. Les fils de fer ou les ficelles fixés en entourant le tronc sont particulièrement nocifs car ils étranglent l’arbre au sens propre, le privant de sève. Mais l’élan vital est tel que certains arbres parviennent à surmonter l’obstacle ! Belle preuve que « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », comme disait ce bon La Fontaine.

La ficelle assassine n’aura pas eu le dernier mot : l’obstacle est en passe d’être contourné !

Le temps de l’arbre n’est pas le temps de l’homme. Nous ne le voyons pas grossir, et pourtant la sève bouillonne sous l’écorce qui ne cesse de se craqueler et de se renouveler au fur et à mesure que les cernes de croissance s’accumulent autour du tronc. Alors respectons cette manière si particulière de grandir, et avant d’utiliser un tronc comme support quelconque, rappelons-nous que ce n’est pas un objet inanimé mais qu’il est vivant, comme nous.

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