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Dans un article de septembre dernier, j’ai exposé la méthode que je testais pour diminuer la pression de prédation du frelon asiatique sur mes colonies d’abeilles mellifères. Après quelques mois de recul, le bilan est mitigé.

Une efficacité immédiate visible

Pour connaître la pression de prédation du frelon asiatique sur mes colonies, j’ai filmé l’entrée des deux nichoirs avec un appareil photo Canon G9. Je pouvais obtenir environ 2 h d’images par jour, que je regardais en accéléré pour repérer les attaques des frelons. J’ai commencé à capturer et empoisonner les frelons début septembre. A ce moment, chaque colonie subissait plusieurs attaques par heure, jusqu’à quatre.

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En haut, les abeilles groupées à l’entrée du nichoir, en bas à droite un frelon à l’affût en vol stationnaire.

J’ai arrêté la capture des frelons le 30 septembre, faute de combattants. Je n’en voyais plus devant les nichoirs, et les films de contrôle confirmaient leur disparition. J’ai de nouveau remarqué des attaques en novembre, mais peu nombreuses et à une époque où les colonies étaient peu actives. Donc la méthode israélienne a bien fonctionné.

Une mauvaise année pour les frelons

Mais d’autre part, les frelons asiatiques ont été moins nombreux en 2016 qu’en 2015, peut-être à cause des conditions climatiques atypiques du printemps très pluvieux et de l’été très sec. Le constat est sans appel : à l’automne 2015, j’ai repéré ou on m’a indiqué huit nids de frelons asiatiques sur le territoire de ma commune. Sept se trouvaient dans des arbres, un dans un bâtiment. Cet automne, je n’ai trouvé aucun nid aérien récent (deux nids ruinés de 2015 sont encore visibles), on m’a indiqué un nid dans un bâtiment.

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Nid ruiné datant de 2015 et photographié en décembre 2016

Pourtant, je suis certain qu’il y avait au moins deux nids près de chez moi car les frelons capturés puis relâchés après leur avoir donné l’appât empoisonné s’envolaient dans deux directions opposées. Comme je n’ai pas pu repérer ces nids, je n’ai pas pu vérifier si la colonie a bien été détruite par le poison. Et le faible nombre de frelons ne me permet pas de conclure sur l’efficacité réelle de mon expérience : peut-être que sans rien faire, les deux colonies auraient résisté seules.

 

Toujours beaucoup de mortalité chez les abeilles

Sur les huit colonies sauvages et les cinq colonies logées en nichoir d’abeilles mellifères que j’ai suivies dans un rayon de 10 km autour de chez moi, quatre colonies sauvages et une colonie en nichoir sont mortes. Une colonie sauvage a été volontairement détruite car logée sous le toit d’un gîte rural où elle posait des problèmes de cohabitation. J’ai constaté la mort des trois autres à l’automne. Dans deux cas sur trois, les frelons asiatiques étaient nombreux à venir piller les colonies moribondes. Ils ont donc au moins accéléré leur disparition, mais je ne sais pas s’ils en sont la cause première.

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Le même nid un an plus tôt, photographié en octobre 2015

La colonie logée en nichoir est morte fin novembre. C’est l’une des deux que j’ai protégées par empoisonnement ciblé des frelons. Ceux-ci ne sont donc pas responsables de cette mort, même si j’ai vu quelques pillards s’y introduire en novembre. Cette mort a été brutale, la colonie était encore très active un mois plus tôt, sans cadavres accumulés dans le nichoir ou à son pied. Elle semble s’être vidée de ses occupantes. Les réserves de miel sont très importantes, je les estime à une trentaine de kilos. Et le varroa n’y est pour rien, car c’est un essaim récupéré fin mai, donc ses populations n’ont pas eu le temps de se développer suffisamment en quelques mois pour tuer la colonie.

 

Conclusion, il est trop tôt pour que je puisse conclure sur l’efficacité de la méthode israélienne pour lutter contre le frelon asiatique. Je vais continuer l’expérience l’année prochaine, en modifiant un peu le protocole. J’interviendrai dès fin juillet ou début août, quand la pression des frelons commence à se faire sentir sur les colonies, mais quand la population du nid n’est pas encore à son maximum. Sa destruction devrait être plus facile et plus rapide. Et j’essaierai de repérer le ou les nids de destination des frelons empoisonnés pour me rendre compte si la destruction est complète ou si la colonie de frelons est seulement affaiblie.

 

Fiche d’identité : Frelon asiatique (Vespa velutina), Hyménoptère Vespidé ; Abeille mellifère (Apis mellifera), Hyménoptère Apidé

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