Étiquettes

, , , , , ,

L’anticyclone établi sur la France depuis quelques jours a entrainé un pic de pollution de l’air sur la plus grande partie du territoire, en particulier dans les grandes villes. La presse ne tarit pas d’information sur les effets de cette pollution sur notre santé. Mais qu’en est-il pour les insectes ?

Des études peu nombreuses…

Dès le XIXème siècle et les débats autour du darwinisme, des preuves sont apportées de l’effet négatif de la pollution de l’air sur les insectes. C’est la célèbre affaire du « mélanisme industriel », première preuve de la sélection naturelle en action. Les formes claires d’un papillon, la phalène du bouleau, régressent au profit des formes sombres dans les régions industrielles d’Angleterre. La mort des lichens clairs à cause du dioxyde de soufre et le dépôt de la suie du charbon sur les troncs les rendaient trop visibles pour les oiseaux.

pollution-air-geometre-du-bouleau-forme-foncee-va

Forme sombre de la phalène du bouleau

Quelques études ont montré la responsabilité de la pollution de l’air, et en particulier des composés soufrés, dans le déclin des populations d’arthropodes : les araignées à Londres dans les années 1930, l’ensemble des insectes en Pologne dans les années 1970, les acariens et les collemboles en Suisse dans les années 1990.

… et parfois contradictoires

Mais d’autres études sur la pollution de l’air par l’ozone montrent un stress des plantes augmentant généralement leur attractivité et leur qualité pour les insectes végétariens qui s’en nourrissent et dont les populations augmentent. Mais c’est variable selon les espèces, certaines n’étant pas affectés par cette pollution à l’ozone et quelques unes déclinant au contraire.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le cadavre d’un bourdon terrestre sur un trottoir d’Issy les Moulineaux en juin 2016 : épuisement, collision avec une voiture, pollution de l’air ?

De même, l’azote émis par les pots d’échappement participe à un enrichissement en nitrate des sols entraînant l’augmentation dans les villes des populations de certains insectes, notamment les suceurs de sève comme les pucerons.

La preuve par les moineaux

Dès les années 1960, les ornithologues avaient attribué à la pollution de l’air la diminution du nombre d’insectes volants responsable du déclin des oiseaux insectivores à Londres. L’ornithologue Kate Vincent a publié en 2005 une thèse sur les causes du déclin du moineau en Grande Bretagne allant dans ce sens.

pollution-air-moineau-sur-trottoir-va

Le piaf parisien bientôt sur la liste des espèces protégées en Île de France ?

Elle montre que la diminution des populations de moineau est due notamment à la moins bonne réussite des couvées liée à une alimentation de moins bonne qualité des oisillons en insectes. En clair, ils souffrent de malnutrition ou meurent de faim car les parents ne peuvent pas leur apporter suffisamment d’insectes des espèces les plus nourrissantes. Et le poids des oisillons est d’autant plus faible que la pollution de l’air par le dioxyde d’azote est élevée. CQFD !

La mer est pleine de déchets, les rivières, les nappes phréatiques et les sols sont gorgés de pesticides et de nitrates, l’air devient difficilement respirable pour les insectes comme pour nous. Nous vivons bien dans un monde fini, et chaque jour nous en touchons un peu plus les limites.
Fiches d’identité : Phalène du bouleau (Biston betularia) Lépidoptère Géométridé ; Bourdon terrestre (Bombus terrestris) Hyménoptère Apidé ; Moineau domestique (Passer domesticus) Oiseau Passereau

 

Advertisements