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En juin, les berces ont fleuri en abondance au bord des routes et des chemins. Cette grande plante qui apprécie les terrains riches et humides attire de nombreux insectes. Je ne perds jamais mon temps à observer ses ombelles et son feuillage lors de mes promenades.

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Une berce en fleur au bord du chemin

Une odeur de pissotière

Le trait caractéristique de la berce, qui permet de l’identifier facilement, surprend au premier abord. Ses ombelles émettent une odeur d’urine fermentée ! Elle attire ainsi les mouches liées aux excréments, qui viennent la polliniser. Je ne vois pas d’abeilles ou de bourdons sur les ombelles. Mais ses petites fleurs au nectar et au pollen facilement accessibles plaisent à de nombreux insectes mal outillés pour exploiter des fleurs plus profondes ou plus complexes.

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Encombrement sur une ombelle de berce : des mouches, des cantharides fauves et des méligèthes

A côté des mouches et autres diptères voisinent ainsi des guêpes, parfois des fourmis, et surtout de nombreux coléoptères. Chez moi, les plus nombreux sont les cantharides fauves, dont l’émergence correspond au début de la floraison des berces. Plusieurs dizaines d’individus peuvent se presser sur une seule ombelle, endroit idéal pour la formation des couples.

Des charançons caractéristiques

Le charançon couronné et le lixe des ombellifères, deux gros charançons caractéristiques, exploitent le feuillage et les tiges. Le premier broute les feuilles de nombreuses plantes de la famille des Ombellifères, dont la carotte qui lui a donné son nom. Je l’observe régulièrement sur la berce et sur l’anthrisque sauvage. C’est un nonchalant qui ne cherche pas à fuir. Mais qu’une secousse sur la plante, ou simplement une ombre, l’inquiète et il se laisse tomber lourdement au sol. Ses larves vivent aux dépens des racines.

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A gauche un charançon couronné en plein repas et à droite un lixe des ombellifères en pleine ponte

Le second recherche les tiges de berce et autres ombellifères pour y effectuer sa ponte. La femelle commence par forer un petit trou dans la paroi de la tige pour atteindre la moelle, en la rongeant avec son rostre. Puis elle se retourne et dépose un œuf dans le creux ainsi dégagé. La larve se développera bien à l’abri à l’intérieur de la tige.

Le test des perce-oreilles

J’ai commencé ma carrière entomologique au début des années 1980 en étudiant les perce-oreilles. Un vieux collègue coléoptériste m’avait alors donné un conseil précieux : « Cherche à l’aisselle des feuilles de berce, il y a toujours un tas de perce-oreilles ». Les feuilles de berce enveloppent à leur base la tige qui les porte. L’aisselle des feuilles constitue effectivement un refuge apprécié de diverses espèces cherchant l’obscurité et l’humidité, comme les perce-oreilles ou les cloportes, notamment lors des journées ensoleillées.

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Larve de perce-oreille commun à l’aisselle d’une feuille de berce

Il y a trente ans, la moindre feuille abritait un ou plusieurs perce-oreilles, adultes ou larves. Il s’agissait le plus souvent du perce-oreille commun. Signe des temps et de l’effondrement des populations d’insectes, j’ai dû prospecter plusieurs pieds de berce et ouvrir 19 aisselles avant de trouver une larve, et une seule, de perce-oreille plus si commun que cela, pour prendre la photo d’illustration. C’est le drame de ces quinze dernières années : le paysage végétal reste à peu près inchangé, mais la quantité des insectes qui le peuplent s’est réduite comme peau de chagrin.

 

Fiche d’identité : Grande berce (Heracleum sphondylium), Apiacée ; Cantharide fauve (Rhagonycha fulva), Coléoptère Cantharidé ; Charançon couronné (Liparus coronatus), Coléoptère Curculionidé, Lixe des ombellifères (Lixus iridis), Coléoptère Curculionidé, Perce-oreille commun (Forficula auricularia), Dermaptère Forficulidé

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