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Je longe lors de mes promenades un petit bois conduit en taillis pour produire du bois de chauffage. Il n’abrite pas une nature extraordinaire mais il est riche de vie. Les chênes dominent, les oiseaux y nichent, sangliers et chevreuils le fréquentent. Dans la litière de feuilles mortes grouillent des vers de terre, des cloportes, des carabes, des grillons des bois et bien d’autres petites bêtes.

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Le petit bois juste en décembre dernier

Verdun 100 ans après

Enfin, grouillaient des petites bêtes. Car un cataclysme s’est abattu sur le bois. En janvier, une puissante machine est venue abattre, ébrancher, tronçonner et débarder tous les arbres. Le reste a été écrasé, broyé, défoncé. Neuf hectares ont été rasés, pire qu’un bombardement d’artillerie sur le front de Verdun !

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Après la coupe, le désert

Les souches à moitié arrachées parsèment un paysage lunaire. La litière a disparu, la terre est labourée par les chenilles de l’engin. Le sol n’est plus qu’un magma informe creusé de profondes ornières. Que peut-il rester comme vie dans un milieu aussi bouleversé ? Si quelques hérissons avaient par malheur choisi l’endroit pour hiverner, attirés par l’abondance des feuilles mortes de chêne, ils ont fini en bouillie.

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Quelques survivants mal en point

Le développement durable en pratique

Mais après tout, pourquoi m’indigner ? La main d’œuvre coûte cher, seule la mécanisation à outrance permet de faire baisser les coûts de production. Cela fait longtemps que ça dure, et cela se reproduira encore. Depuis 45 ans que je me promène dans la campagne, j’en ai vu des coupes de bois et des haies arrachées. Comme disais Chateaubriand, la forêt précède les peuples, le désert les suit. Et au milieu intervient le bûcheron.

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Le bois destiné à finir en plaquettes. Énergie renouvelable, peut-être, mais aux dépens de la biodiversité.

Ce qui m’a dérangé cette fois-ci, c’est une inscription à la bombe de peinture sur le bois coupé avec la mention « PEFC ». C’est un label qui veut « promouvoir la gestion durable de la forêt », dixit son site Internet. D’ailleurs une petite enquête de voisinage m’a permis d’apprendre que la grande majorité de ce bois finira en plaquettes pour la chaufferie de l’hôpital de Saintes. De quoi se plaint-il l’écolo ? C’est de l’énergie renouvelable, du développement durable dans la ligne des prises de position vertueuses de la France lors de la COP 21 de l’automne dernier.

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No comment !

 

Green washing

Je m’en doutais bien déjà, mais ce défunt petit bois m’a violemment mis sous les yeux que le « développement durable » n’est parfois (souvent ?) que le ravalement en vert de pratiques destructrices qui ne changent pas. Durable ou pas, le développement a rayé de la carte la modeste biodiversité du petit bois.

Le point douloureux de l’affaire, c’est le non-respect dans ce cas précis des règles d’un label censé me garantir, en tant que consommateur, que ce que j’achète ne contribue pas, ou moins, à la destruction de la nature. Car je n’ose penser que les règles ont été respectées. Quel crédit pourrais-je accorder à un produit labellisé PEFC après avoir constaté la réalité de la « gestion durable » de la forêt ?

 

Ne plus déléguer, agir

Certains diront que c’est un acte isolé, que la grande majorité des professionnels respectent les règles. Peut-être, mais comment puis-je en être sûr ? Je délègue à d’autres le soin de vérifier à ma place, et je dois faire confiance. Confiance aujourd’hui bien ébranlée.

Consommateur plutôt bio, adepte de l’autoproduction et des circuits courts qui me permettent de connaître les producteurs d’une partie des produits que j’achète, je suis adhérent passif de l’association Nature & Progrès depuis plusieurs années. L’une des forces de cette association est la gestion commune par les producteurs et les consommateurs de son label via un système participatif de garantie.

Bois label NP

Ce bois rasé a été le déclencheur d’une décision que j’aurais dû prendre bien avant. Cette année, je vais participer à la commission mixte d’agrément et de contrôle (COMAC) chargée des enquêtes de terrain chez les producteurs et les transformateurs ayant le label Nature & Progrès. Je ne vais plus me contenter de déléguer à d’autres mon pouvoir de vérification mais l’utiliser moi-même.

 

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