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Le lundi 27 décembre 1999, l’ouragan Martin balayait ma commune avec des vents de 140 à 160 km/h selon la Météo nationale. Le lendemain matin, les dégâts étaient impressionnants : toitures arrachées, bâtiments légers effondrés, arbres déracinés, réseaux électrique, téléphonique et routier coupés pour plusieurs jours.

Des marques encore visibles

Si la plupart des séquelles ont disparu en quelques mois, aujourd’hui encore certaines parcelles de bois gardent des cicatrices de cet événement climatique exceptionnel. Des arbres à moitié déracinés sont maintenus par leurs voisins. D’autres couchés au sol mais encore vivants ont envoyé vers le ciel des branches verticales partant du tronc horizontal. Mais la grande majorité des arbres déracinés sont mort rapidement.

La direction du vent qui soufflait le 27 décembre 1999 est indiquée par ces arbres à moitié déracinés qui penchent tous dans le même sens.

La direction du vent qui soufflait le 27 décembre 1999 est indiquée par ces arbres à moitié déracinés qui penchent tous dans le même sens.

La plupart des bois de ma commune ont été nettoyés de ce bois mort depuis 16 ans, à l’occasion des nettoyages, des coupes ou pour détruire des halliers trop favorables à la pullulation des sangliers. Mais au fil des promenades, je rencontre encore régulièrement des arbres obliques pointant vers l’est, des troncs couchés à moitié enfouis sous les feuilles mortes et la mousse, de gros monticules de terre entrelacés de racines, reste des souches déracinées.

La vie grouillante du bois mort

Cette catastrophe pour les forestiers a été une bénédiction pour les insectes vivant dans le bois mort, en particulier pour les espèces recherchant de gros troncs. Les petites branches mortes au sol ne manquent jamais dans les parcelles, même quand elles sont exploitées. Mais les vieux arbres morts sur pied sont rarissimes. Les arbres têtards qui peuvent leur servir de substitut ont eux aussi presque disparu du paysage.

La cellulose du bois est une molécule impossible à digérer pour la majorité des animaux. Et ceux qui s’en nourrissent possèdent dans leur système digestif des bactéries ou des champignons qui font le travail à leur place, cassant cette molécule complexe en molécules plus simples de sucres assimilables par les organismes. Au Carbonifère, il n’existait ni champignons, ni animaux xylophages (mangeurs de bois). Les troncs des fougères arborescentes se sont accumulés sur de grandes épaisseurs, donnant les gisements de charbon actuels. Aujourd’hui, plus aucun nouveau gisement de charbon ne peut se former.

Combien d’années faut-il pour qu’un arbre mort disparaisse ?

Je me suis souvent posé cette question, sans pouvoir y répondre. Intuitivement, j’estimais le temps nécessaire à quelques dizaines d’années pour les troncs les plus gros. L’ouragan Martin, en donnant un âge à de nombreux arbres morts, me permet de préciser un peu ce délai, qui dépend bien entendu du diamètre du tronc.

16 ans après, il ne reste plus que les troncs de ces merisiers abattus par l'ouragan.

16 ans après, il ne reste plus que les troncs de ces merisiers abattus par l’ouragan.

Les arbres morts retenus par leurs voisins montrent des signes visibles de dégradation : chute de l’écorce, galeries de sortie des insectes mangeurs de bois, trous creusés par les pics pour capturer ces insectes. Ceux tombés au sol semblent intacts au coup d’œil superficiel. Mais il suffit d’appuyer sur l’écorce pour se rendre compte qu’une bonne partie du bois a été transformée par les champignons en une matière spongieuse et friable semblable au terreau.

Les petits troncs, jusqu’à 20 cm de diamètre, sont proches de la disparition totale. Seul le cœur est encore solide, dans quelques années ils seront digérés par l’humus. Les gros troncs et les souches épaisses ne sont pas près de disparaître. La plus grande partie du bois reste encore sinon saine du moins solide, même si le processus de dégradation est parfois accéléré par les défenses d’un sanglier ou les griffes d’un blaireau qui viennent gratter le bois mort pour déloger les grasses larves qui y prospèrent.

Tronc mort déchiqueté par un animal recherchant des larves d'insectes.

Tronc mort déchiqueté par un animal recherchant des larves d’insectes.

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