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Le temps exceptionnellement doux de cet automne perturbe le repos végétatif des plantes. L’ajonc, qui habituellement fleurit par chez moi à partir de la mi-janvier, est déjà en pleine floraison fin décembre, avec un bon mois d’avance.

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Soleil éclatant, ciel bleu azur, fleur jaune d’or, difficile de croire que la photo a été prise le premier jour de l’hiver

Une espèce mellifère de qualité

Typique des landes, l’ajonc prospère sur les terrains acides et secs. Les bois qui entourent mon village sont situés sur un plateau calcaire qui devrait lui être inhospitalier. Mais par endroit, des creux de la roche ont été comblés par une terre argilo-sableuse décalcifiée. Une flore rappelant le Limousin ou la Bretagne, ajoncs, bruyères et châtaigniers, peut s’y installer.

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Floraison massive des ajoncs le premier jour de l’hiver

La belle fleur jaune d’or de l’ajonc émet une douce odeur rappelant la noix de coco. Quand elle fleurit en fin d’hiver, elle attire divers insectes butineurs, notamment les abeilles au sens large : abeille mellifère bien sûr, mais aussi bourdons et abeilles solitaires. Nectar et pollen sont exploités par les butineuses, et cette plante qui commence à fleurir en plein hiver représente une ressource précieuse à la reprise de l’élevage des larves.

Des abeilles mellifères toujours en activité

Mes promenades le long des lisières envahies d’ajonc aux heures les plus chaudes et les plus lumineuses de la journée me permettent d’observer des abeilles mellifères en nombre surprenant pour la saison. Ce n’est pas l’embouteillage du début du printemps, mais chaque pied accueille une ou deux butineuses. La plupart portent des pelotes de pollen sur les pattes arrière, et pénètrent au fond de la corolle : nectar et pollen sont donc ramassés simultanément.

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Un embryon de boulette de pollen est bien visible sur la patte arrière de cette abeille mellifère

Les larves ont besoin d’une nourriture riche en protéines. Le miel ou le nectar, composés majoritairement de sucres, ne peuvent suffire à les élever. Seul le pollen, et un pollen de qualité, permet de les nourrir correctement. La récolte du pollen par les butineuses est le signe que l’élevage du couvain, habituellement interrompu en hiver sous le climat de ma région, a repris ou probablement ne s’est pas encore arrêté.

Le Midi au bord de l’océan

Nous vivons actuellement en Saintonge un hiver de type méditerranéen. En l’absence de grands froids, la végétation continue de pousser et de fleurir. Un voisin tondait encore aujourd’hui sa pelouse. Les abeilles mellifères peuvent donc continuer à élever un peu de couvain, ce qui est normalement une caractéristique des seules populations du Midi. Ailleurs, à cause du froid et faute de ressources, l’élevage devrait s’interrompre plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Autre indice corroborant le caractère nettement méditerranéen de cette fin d’année, des syrphes bâtons se posent sur les fleurs d’ajonc ou tournoient autour. Ces mouches dont les larves se nourrissent de pucerons connaissent plusieurs générations par an. Elles ne se rencontrent habituellement toute l’année que dans le Midi. En Saintonge, elles disparaissent de fin novembre à début mars.

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Syrphe bâton sur fleur d’ajonc

La Charente maritime annexée par le Midi, voilà une bonne nouvelle pour mes voisins qui ont sacrifié à la mode de la replantation de vieux oliviers espagnols issus des arrachages financés par l’Union européenne. Tel Cassandre, je ne cesse de prédire qu’ils vont mourir gelés, mais il y a de fortes chances que j’aie encore tort cette année. Voilà un effet imprévu du dérèglement climatique : ma réputation de prévisionniste est au plus bas dans le voisinage.

 

Cartes d’identité : Ajonc d’Europe (Ulex europaeus), Fabacées ; Abeille mellifère (Apis mellifera), Apidés, Hyménoptères ; Syrphe bâton (Episyrphus balteatus), Syrphidés, Diptères

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