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Dans mon jardin une modeste chenille, celle de la piéride du chou, apporte sa pierre au grand débat autour du dérèglement climatique qui secoue en ce moment les médias pour cause de COP21 à Paris.

Une banalité du potager

Je cultive des choux, donc j’attire des piérides. Deux espèces se partagent mes plantations. La piéride de la rave, dont la chenille verte pointillée de noir est couverte de courts poils fins. De mœurs solitaires, son impact est négligeable.

Pieride de la rave et du chou Chenilles VA

Chenille de piéride de la rave à gauche et du chou à droite

 

Les chenilles de la piéride du chou sont grisâtres à verdâtres, marquées de taches noires et jaunes, avec de longs poils fins bien visibles. Comme elles vivent en groupe de plusieurs dizaines d’individus, elles peuvent très rapidement réduire une feuille de chou à ses seules nervures.

Plusieurs générations par an

Chez moi en Saintonge, la piéride du chou connaît normalement trois générations par an. La première au milieu du printemps, la deuxième au début de l’été, la troisième à la fin de l’été et au début de l’automne. La génération de printemps est discrète, la mortalité hivernale ayant fait notablement diminué les populations et les oiseaux en plein élevage des jeunes se montrant voraces. Celle du début de l’été se révèle parfois gênante, mais reste très supportable.

Par contre la troisième génération, très abondante, cause habituellement des dégâts significatifs sur les choux si je n’interviens pas. Quand les adultes volent autour de mes planches, je surveille régulièrement le dessous des feuilles pour écraser d’un coup de pouce les plaques d’œufs jaunes. Les œufs dégageant une odeur bloquant la ponte des femelles, j’empêche ainsi les éclosion comme le dépôt de nouveaux œufs. J’ai remarqué une quatrième génération partielle (une partie de la 3ème génération éclot dès le milieu de l’automne, une autre partie hiverne) à partir des années 1990. Ces chenilles de 4ème génération sont détruites par le gel avant d’avoir terminé leur développement.

Pieride du chou Ponte VA

Ponte de piéride du chou

Bénéficiaire du réchauffement climatique

La piéride du chou est manifestement une gagnante du réchauffement climatique. Dans leur ouvrage classique « Les insectes nuisibles aux plantes cultivées » parus en 1936, S. Balachowski et L. Mesnil signalent deux générations par an pour cette espèce en France, et trois seulement en Algérie. En moins d’un siècle, une génération supplémentaire peut donc se développer, au moins au sud de la Loire.

Nouveauté récente, les automnes particulièrement doux de 2011 et celui que nous connaissons en 2015, permettent à cette quatrième génération de chenilles de terminer son développement. Conséquence concrète dans mon potager : les choux de Bruxelles subissent des dégâts inédits, avec des chenilles encore en activité début décembre !

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Pied de chou de Bruxelles dévoré par les chenilles

Si les courbes de réchauffement qu’annoncent les experts se confirment, il y a de fortes chances que la piéride du chou, dans ma région, connaîtra dans les décennies qui viennent 4 générations, avec peut-être une 5ème génération partielle. Finie la trêve hivernale dans la lutte contre les insectes au potager, il faudra être sur le qui-vive toute l’année.

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Même les bourgeons sont attaqués

 

 

 

Cartes d’identité : Piéride du chou (Pieris brassicae) et Piéride de la rave (Pieris rapae), Piéridés, Lépidoptères

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