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L’été de la Saint Martin qui s’est installé depuis le début du mois favorise la survie d’insectes habituellement tués par les premières fortes gelées d’automne. La mante religieuse fait partie des gagnantes. Les femelles pondent en général en septembre et en octobre puis meurent. Cette année, j’observe encore en novembre des individus au ventre gonflé, signe d’une nouvelle ponte prochaine.

Une mante religieuse en pleine forme photographiée le 10 novembre.

Une mante religieuse en pleine forme photographiée le 10 novembre.

Un insecte de l’été

La mante religieuse est le type même de l’insecte d’été. Dans ma région, les œufs bien cachés dans l’oothèque de mousse éclosent fin mai ou début juin. Les premiers adultes apparaissent en août, et la ponte s’achève au début de l’automne. C’est l’une des espèces gagnant au réchauffement climatique.

En effet, les étés plus chauds favorisent son développement. Jusque vers 1950, sa présence au nord de la Loire était exceptionnelle et méritait une note dans les revues entomologiques. Depuis, elle a progressé de plusieurs centaines de kilomètres vers le nord, atteignant la frontière belge. Même la Bretagne aux étés frais a été colonisée jusqu’au Finistère !

Une silhouette anthropomorphe

Ce bel insecte, l’un des plus grands de notre faune, ne passe pas inaperçu. C’est le seul dont la silhouette ressemble à un être humain. Prenons un criquet, un cousin proche de la mante dans l’arbre de classification des insectes. Avec son corps horizontal, sa tête massive et peu mobile dans le prolongement du thorax, ses six pattes servant à marcher ou à sauter, il n’a pas grand chose de commun avec nous.

Rien chez ce criquet duettiste n'évoque une silhouette humaine.

Rien chez ce criquet duettiste n’évoque une silhouette humaine.

La mante, au thorax fin et souvent tenu dressé, aux pattes avant ravisseuses tenues repliées au repos, comme nous croisons les bras, à la petite tête très mobile sur son cou, nous semble singulièrement proche. Ce n’est pas un hasard si de nombreux mythes la concernent chez de nombreux peuples, en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie, qui traduisent un mélange de fascination et de répulsion.

Contact impossible

A chaque fois que je rencontre une mante, j’ai l’impression de pouvoir communiquer par le regard avec elle, seule parmi tous les insectes. Cette carnivore dispose d’une excellente vision pour repérer ses proies et détecte le moindre mouvement. Sa tête bouge et me regarde constamment quand je l’observe.

Un regard inexpressif qui rend illusoire toute tentative de communication.

Le regard de la mante

Mais la communication est impossible. Aussi bonne soit-elle, la vision de la mante n’est efficace qu’à courte distance. Je dois lui apparaître comme une grosse silhouette lointaine et floue. Son intérêt pour moi n’est que de la méfiance face à un agresseur potentiel. Quand au regard de ses gros yeux composés, il est aussi vide que celui des statues antiques dont la peinture de l’iris, qui les rendait autrefois si vivantes, a disparu. A mon grand regret l’âge d’or, quand l’homme pouvait communiquer avec les animaux, n’est pas d’actualité avec la mante.

Cartes d’identité : Mante religieuse (Mantis religiosa), Mantidés, Dictyoptères et Criquet duettiste (Chorthippus brunneus) Acrididés, Orthoptères.

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