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Il est des rendez-vous immuables au jardin. Ainsi quand le tilleul qui ombre la maison, assez tardif, fleurit fin juin, d’innombrables petits insectes jaunes apparaissent comme par magie. Ils n’ont pas fait exception cette année, volant de feuilles en fleurs et de fleurs en feuilles, d’autant plus vifs et agités que la température est caniculaire. Quand nous mangeons à l’ombre de l’arbre, nous devons régulièrement retirer des individus qui tombent dans les assiettes.


Jaune soufre

Il s’agit du cténiope jaune, de la famille des Ténébrionidés. La coloration jaune éclatante des élytres de cette espèce, qui a inspiré Linné quand il l’a baptisée sulphureus, c’est à dire « couleur de soufre », est unique dans notre faune. C’est l’un des rares insectes dont l’identification ne pose aucun problème, même au novice.

Un cténiope jaune caché sous une feuille de tilleul

Un cténiope jaune caché sous une feuille de tilleul

Le thorax, les pattes et la tête tirent sur l’orange pâle alors que les antennes sont plus foncées et les yeux noirs. Le dos de l’abdomen est noir mais ce caractère ne peut s’observer que lorsque les élytres sont écartés.

Le dos noir de l'abdomen est visible chez ces individus prêts à s'accoupler.

Le dos noir de l’abdomen est visible chez ces individus prêts à s’accoupler.

Brouteurs de pollen

Les adultes apparaissent à la fin du printemps et disparaissent au milieu de l’été. Pour se nourrir, ils mangent le pollen des fleurs. En terrains ouverts, ils apprécient plus particulièrement les ombelles de la carottes et autres plantes de la même famille, ou celles de l’achillée millefeuille.

Mais ce sont des insectes plutôt liés aux milieux boisés qui recherchent les endroits ensoleillés et fréquentent assidûment les arbres et arbustes en fleurs. Dans mon jardin, ils apparaissent à partir de la fin mai, mais l’explosion de leur population est synchrone avec la floraison du tilleul. Emergence massive à ce moment précis ou effet attractif de la floraison très odorante du tilleul sur les cténiopes des environs ? Je n’ai pas la réponse, mais je penche pour la seconde hypothèse.

Un cténiope jaune enfoncé dans une fleur de tilleul.

Un cténiope jaune enfoncé dans une fleur de tilleul.

Un cycle de vie mal connu

Malgré ou peut être à cause de son abondance, et du fait qu’il n’a aucune importance économique, le cténiope jaune est très mal connu. Les larves vivent dans la litière du sol, se nourrissant de débris de plantes mortes. Elles appartiennent donc au vaste groupe des recycleurs, qui contribuent à la fertilité des sols. Leur développement s’étale sur plusieurs années. Elles sont plus fréquentes dans les terrains au sous-sol calcaire.

Les seuls renseignements que j’ai pu glaner dans ma documentation entomologique se résument à ces quelques lignes. Je n’ai trouvé aucune représentation de la larve, et je ne sais pas à quoi elle ressemble. Difficile donc de la chercher dans le sol, où elle doit pourtant abonder vu la masse des adultes qui fréquentent le jardin. Ce serait un sujet d’étude : un simple jardin peut encore fournir d’innombrables occasions au naturaliste curieux de rapporter des observations nouvelles pour la science !

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