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Le 3 juin dernier, sur le bord fleuri du chemin, un papillon terne attire mon attention. Volant d’une fleur à l’autre, il butine avec avidité, trompe déployée. C’est la première belle dame que je remarque cette année. Ce papillon migrateur apparaît dans ma région première quinzaine de juin, parfois dès le mois de mai.

La belle dame fréquente les endroits où abondent les fleurs riches en nectar sucré, carburant de ses muscles.

La belle dame fréquente les endroits où abondent les fleurs riches en nectar sucré, carburant de ses muscles.

Une méridionale frileuse

Bien qu’elle se reproduise partout en France durant l’été, la belle dame y survit exceptionnellement au froid de l’hiver. Ce n’est que près des côtes de la Méditerranée qu’elle peut se maintenir certaines années aux hivers très doux.

Mais chaque printemps elle remonte de ses zones d’habitat permanents, Afrique du nord et sud du bassin méditerranéen. Tant qu’elle trouvera dans ces endroits des conditions favorables à sa reproduction, elle viendra animer de son vol puissant les campagnes de grande culture les plus monotones de nos régions.

Selon les années, les vols migratoires peuvent être très discrets ou au contraire considérables. Tout dépend des conditions météorologiques en Afrique du nord. Les migrations les plus importantes suivent des pluies abondantes en hiver, favorisant la pousse de la végétation donc la reproduction de la belle dame.

Les ailes abîmées et la perte de la plupart des écailles témoignent du très long trajet effectué par cet individu.

Les ailes abîmées et la perte de la plupart des écailles témoignent du très long trajet effectué par cet individu.

Des vols parfois spectaculaires

Au XIXème siècle, des vols immenses ont été observés ces années favorables. Le 10 juin 1879 par exemple, un témoin décrit dans la presse locale le passage d’un vol migratoire dans la ville d’Angers, estimant à 40 ou 50.000 le nombre de papillons qui ont défilé en une heure dans la rue du centre-ville où il se trouvait.

Aujourd’hui, les migrations sont plus modestes mais les plus importantes restent spectaculaires. Je me souviens très bien de celle de 1996. Je travaillais à l’époque à la Ligue de Protection des Oiseaux à Rochefort, et je recevais des appels téléphoniques d’ornithologues de toute la France. Ils m’ont permis de suivre le flot des belles dames jour par jour, pour ne pas dire heure par heure. Cette année-là les plus robustes sont parvenues jusqu’en Islande.

Quel contraste dans les couleurs entre cette belle dame photographiée peu après son émergence fin juillet et celle de la photo précédente !

Quel contraste dans les couleurs entre cette belle dame photographiée peu après son émergence fin juillet et celle de la photo précédente !

Migratrice au long cours

Elle semble bien frêle, la belle dame. Et pourtant certains individus traversent la Méditerranée ou une partie de l’Atlantique. Le fait est avéré grâce au témoignage des marins qui l’observent en pleine mer, attirée la nuit par les lumières du bateau ou simplement posée sur un cordage pour se reposer quelques heures.

Fait plutôt rare chez les insectes, certains papillons de la dernière génération estivale entreprennent un voyage de retour vers l’Afrique du nord, à la manière des oiseaux. Mais ces déplacements ne concernent qu’une petite minorité d’individus, et ne sont remarqués que par les naturalistes.

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