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Durant la grande Guerre, le no man’s land ravagé par les bombes se couvrait au printemps des fleurs des champs de blé qui se trouvaient là auparavant. C’est pourquoi le bleuet est devenu le symbole des anciens combattants français, et le coquelicot celui des anciens combattants britanniques.

Coquelicot Gros plan
Des pionnières victimes du modernisme

Mais si le conflit avait lieu aujourd’hui, français et anglais seraient condamnés à adopter le même symbole, le coquelicot. En effet la plupart des fleurs des champs de céréales, appelées messicoles par les botanistes, autrefois très communes, sont devenues très rares aujourd’hui. Bleuets, pieds d’alouette, adonides et bien d’autres ont pratiquement disparu des plaines de grande culture.

Ces plantes sont outillées par la nature pour coloniser rapidement les sols nus. La culture traditionnelle des céréales, avec ses champs labourés à l’automne, les a longtemps favorisées. Le tri mécanique des semences tout d’abord, puis l’utilisation généralisée des herbicides, les ont peu à peu exclus des champs.

Une telle marée rouge est devenue exceptionnelle : certains automobilistes s'arrêtent pour la photographier !

Une telle marée rouge est devenue exceptionnelle : certains automobilistes s’arrêtent pour la photographier !

Pourquoi le coquelicot fait-il exception ?

Il a résisté en s’adaptant à des milieux périphériques, comme les bords de route ou les chantiers de construction au sol bouleversé par les travaux. Il colonise même les vieilles ruines, parfois à partir des graines conservées dans le mortier de terre qui liait les murs de pierre des constructions modestes.

Maison neuve entourée de coquelicots

Maison neuve entourée de coquelicots

Une touffe de coquelicots sur un vieux mur en ruine

Une touffe de coquelicots sur un vieux mur en ruine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa prolifération aussi explosive que spectaculaire ne dure qu’un an ou deux si le sol n’est plus remué. Mais il a eu le temps de produire de très nombreuses graines, jusqu’à 40.000 par pied. Celles-ci pourront survivre plusieurs dizaines d’années en sommeil dans le sol, attendant pour germer d’être ramenées à la lumière par un nouveau labour ou un nouveau chantier.

Une ténacité à toute épreuve

C’est cette très grande fécondité qui a permis au coquelicot de se maintenir pour l’instant dans les campagnes malgré les herbicides. Dès que l’homme relâche son étreinte, en laissant un champ en friche, en n’utilisant plus d’herbicide ou en l’appliquant mal, il revient en force.

Un champ entièrement parsemé de fleurs signale généralement un agriculteur biologique, mais c’est rare. Au cours de mes promenades, j’observe le plus souvent le coquelicot cantonné au bord des champs, quand l’application d’herbicide a épargné une petite bande périphérique. Les graines présentes dans le sol et remontées à la surface par le labour peuvent germer, les plantes se développer librement et produire de nouvelles graines qui reconstitueront le stock du sol. Espérons qu’une nouvelle avancée technique ne vienne pas bouleverser ce fragile équilibre.

Un épandage d'herbicide mal fait, et le coquelicot en profite aussitôt !

Un épandage d’herbicide mal fait, et le coquelicot en profite aussitôt !

 

 

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