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Le concept d’hôtel à insectes, apparu il y a une douzaine d’années en provenance d’Allemagne, a connu un grand succès dans notre pays. Aujourd’hui même les jardineries en proposent ! Cette popularité a représenté un grand pas dans la prise de conscience du public de la nécessité de protéger dans les jardins toute la biodiversité, y compris les modestes insectes.

Un hôtel à insectes dans le jardin d'un entomologiste

Un hôtel à insectes dans le jardin d’un entomologiste

Des avantages, mais aussi des inconvénients

Les hôtels à insectes offrent à de nombreuses espèces souffrant d’une crise du logement à un moment ou un autre de leur cycle de vie des nichoirs et des abris bienvenus. Ils représentent également un formidable outil pédagogique pour l’éducation à l’environnement, incitant à l’observation, donnant envie de connaître et rendant visible et concrète la protection des insectes au jardin.

Toutefois, ils ne sont pas sans inconvénients : la concentration des sites de nidification facilite le travail des parasites et allonge les trajets vers les lieux de ravitaillement. Une dispersion des nichoirs et abris serait plus efficace.

Une fausse bonne idée ?

Mais le principal défaut de certains hôtels à insectes n’est pas dans leur principe. C’est plutôt son application qui laisse à désirer. Un ami m’avait mis la puce à l’oreille à ce sujet il y a quelques semaines, en montrant quelques photos croquignolettes comme un hôtel à insectes planté au centre d’un mini-rond point noyé dans la circulation, ou un autre aménagé dans une épave de voiture.

En me promenant dans la campagne ces derniers jours, je suis tombé en arrêt devant un spécimen remarquable de ces hôtels qui ont presque tout faux. Il valait bien quelques photos.

Un modèle assez peu accueillant pour les insectes !

Un modèle assez peu accueillant pour les insectes !

Hôtel zéro étoile, mais sept erreurs

Je vous propose un petit jeu : trouvez les 7 erreurs commises par son constructeur. Je vous donne la première, que vous ne pouvez pas voir sur la photo : il est orienté nord-ouest, c’est à dire face aux vents froids et humides. Les autres sont faciles à trouver si vous connaissez les besoins des insectes censés loger dans ce type d’hôtel :

– le trou du nichoir à bourdons est trop petit pour la plupart de ses hôtes potentiels

– à l’inverse, le diamètre de nombreux bambous est bien trop important

– certains bambous sont bouchés car coupés juste avant un nœud

– les buches de bois ne sont pas percées

– certains trous des briques sont bouchés avec du ciment trop dur pour être perforé par les insectes

Et la septième ?

Je l’ai gardée pour la fin : la végétation autour du nichoir est grillée à l’herbicide ! Les insectes attirés par les nichoirs et abris au mieux n’ont plus de ressource alimentaire à proximité immédiate, au pire risquent d’être intoxiqués par le produit utilisé ou les métabolites résultant de sa dégradation.

Le "propre" est trop souvent synonyme de mort.

Le « propre » est trop souvent synonyme de mort.

Quelle morale tirer de cette histoire ? Que le message comme quoi les insectes, même les plus modestes et les plus communs, méritent protection commence à passer. La floraison des hôtels à insectes dans les jardins privés et publics en est une preuve bien visible. Mais que le chemin sera encore long pour faire connaître et comprendre les mœurs des insectes, et surtout modifier des comportements mortifères ancrés en profondeur !

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