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En avril, la marée jaune déferle sur la campagne. Les champs de colza en fleurs embaument l’air au point de provoquer éternuements et pleurs des personnes allergiques à leur pollen.

Des pollinisateurs à poils

Habituellement, les hampes florales sont visitées par une foule d’abeilles mellifères, de bourdons, d’abeilles solitaires. Cette année, les importantes mortalités hivernales chez les abeilles mellifères, la régression continue des bourdons et des abeilles solitaire font que dans mon village les pollinisateurs les plus nombreux sur le colza sont des cétoines poilues : la cétoine hérissée en premier lieu et, plus discrète, la cétoine demi-deuil.

Cétoine hérissée sur colza

Cétoine hérissée sur colza

Une affaire d’épines

Ces deux espèces sont de taille et d’aspect équivalents. La cétoine hérissée est plus poilue, mais ce caractère s’estompe chez les individus âgés à la pilosité usée. Ses poils sont plutôt bruns alors que ceux de la cétoine demi-deuil sont plutôt gris, les taches blanches sur le corps sont moins nombreuses. Les spécialistes distinguent les deux espèces par les trois épines portées par les tibias de la première paire de pattes de la cétoine hérissée, contre deux seulement chez la cétoine demi-deuil.

Cétoines demi-deuil sur colza

Cétoines demi-deuil sur colza

Des brouteuses de fleurs

Les colzas ne vont rien gagner au remplacement des abeilles, ouvrières très bien outillées pour butiner les fleurs sans les abîmer, par les cétoines. Celles-ci, en effet, sont des pollinisateurs très primitifs qui broutent étamines et pétales pour se nourrir, détruisant les fleurs sur lesquelles elles recueillent le pollen.

Leurs poils emmagasinent du pollen par frottement, et le déposent sur les fleurs visitées ensuite. Mais ce service se paie de la destruction de nombreuses fleurs. Nous sommes là au tout début de la relation qui a vu évoluer ensemble insectes et fleurs, partant d’une simple prédation végétarienne comme chez les cétoines pour aboutir à la symbiose entre abeilles et fleurs.

Dégâts d'une cétoine hérissée sur l'inflorescence de crépide qu'elle broute

Dégâts d’une cétoine hérissée sur l’inflorescence de crépide qu’elle broute

Des larves souterraines

La femelle de la cétoine hérissée pond ses œufs dans le sol au début de l’été. Les larves consomment la matière végétale morte, et se trouvent souvent dans les tas de compost dans les jardins. Leur développement s’achève avec l’arrivée de l’automne. Chaque larve s’enferme dans une coque en terre, dans laquelle elle se transforme en adulte en quelques semaines. Celui-ci passe l’hiver à l’abri de la coque et n’émerge qu’au printemps suivant.

Cétoine hérissée venant d'émerger, encore recouverte de terre.

Cétoine hérissée venant d’émerger, encore recouverte de terre.

Cette émergence intervenant à peu près au moment de la floraison du colza, les ressources alimentaires ne font pas défaut aux adultes. Les larves profitant de leur côté des politiques menées auprès des jardiniers pour les inciter à composter leurs déchets verts, il n’est pas étonnant que cette espèce fasse partie de la petite minorité des insectes encore très abondants.

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