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Sur le parking de la pharmacie, une petite virgule noire qui s’agite au sol attire mon regard. Je la reconnais aussitôt. Corps noir épineux, marqué de points blancs entre les anneaux, tête brun rouge, la confusion n’est pas possible. C’est une chenille de mélitée du plantain perdue dans ce désert de bitume.

Un piège potentiellement mortel

Le soleil tape et la température semble élevée sur le goudron noir qui absorbe bien la chaleur. Elle doit être au bord de l’insolation, ce qui explique son agitation. Cette chenille cherche probablement une tige convenable pour se fixer et se transformer en chrysalide. Ses pérégrinations exploratoires l’ont amenée jusqu’au milieu du parking, à plusieurs mètres de sa pelouse de naissance, et encore bien loin du mur de la pharmacie qui pourrait faire un support acceptable. Elle semble désorientée, filant tout droit en trottinant le plus vite possible sur ses petites vraies et fausses pattes, changeant brusquement de direction sans motif apparent car aucun obstacle ne se dresse sur sa route. Peut-être ma silhouette l’inquiète-t-elle ? A ce rythme, elle va finir par mourir d’un coup de chaud ou écrasée par une voiture, un piéton moins attentif que moi. Un coup de main s’impose pour lui faire rejoindre la pelouse.

Une chenille perdue dans la jungle d'asphalte

Une chenille perdue dans la jungle d’asphalte

Logement collectif

Les jeunes chenilles vivent dans un nid de soie communautaire tissée sur leur plante-hôte dans la végétation basse, à l’abri des prédateurs et du mauvais temps. Elles y restent confinées durant les froids de l’hiver. Fin février, elles sortent les journées douces et lumineuses pour prendre des bains de soleil sur le dessus du nid.

La douce et agréable caresse du premier soleil de l'année

La douce et agréable caresse du premier soleil de l’année

Nymphose solitaire

C’est le prélude à la reprise de leur activité qui intervient peu après : se dispersant et recommençant à se nourrir, elles finissent leur croissance en quelques semaines. Grimpée sur une tige, la chenille âgée se confond facilement avec les inflorescences en bouton du plantain lancéolé. La chrysalide suspendue à une tige donne naissance au papillon vers le milieu du printemps dans ma région.

Une feuille de plantain lancéolée victime d'une chenille affamée par le jeûne hivernal

Une feuille de plantain lancéolée victime d’une chenille affamée par le jeûne hivernal

Une espèce qui résiste encore

Les milieux de prédilection de la mélitée du plantain, prairies, friches, bords des cultures sont encore assez nombreux pour qu’elle soit toujours commune et répandue partout. Elle résiste à l’urbanisation quand celle-ci n’est pas trop dense. Les pelouses piétinées qui ne sont pas tondues trop ras, où se plaisent le plantain lancéolé et le plantain majeur, les plantes nourricières principales de la chenille, lui offrent un site de ponte convenable jusque dans les jardins et les gazons urbains.

 

 

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