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Les techniques modernes de culture de la vigne ne sont pas favorables à la vie du sol. Traitements herbicides, passages réguliers d’engins lourds, utilisation d’engrais chimiques minéraux dénudent le sol et le tassent. Signe visible de cette mauvaise santé, la prolifération des mousses qui remplacent l’herbe.

Une éruption de mini-taupinières

L’autre jour, en longeant l’une de ces vignes qui ressemblent à des déserts, mon regard a été attiré par de nombreux petits amas de terre fraîchement remuée. Vu de près, certains présentaient en leur centre un petit trou rond.

J’ai d’abord pensé au réveil printanier d’une fourmilière souterraine. Mais aucun des trous visibles ne montrait de gardiennes, pas de trafic d’ouvrières. Il ne peut donc s’agir que d’une bourgade d’abeilles solitaires, dont l’espèce reste pour l’instant indéterminée.

Une série d'éruptions au pied d'un piquet de vigne

Une série d’éruptions au pied d’un piquet de vigne

Des abeilles solitaires opportunistes

Les insectes nichant dans le sol recherchent en général un substrat suffisamment tassé pour que les galeries ne s’effondrent pas à la première pluie, et bien exposé au soleil pour que le sol réchauffe plus vite. Beaucoup sont attirés par les zones de sol nu, talus ou endroits piétinés par exemple.

Mais ces endroits favorables, nombreux dans les campagnes d’autrefois, se raréfient avec le goudronnage généralisé des chemins, la disparition des animaux de trait et la régression du bétail élevé au pré. Ce petit coin de terre nue au bout d’un rang de vigne, recevant plusieurs fois par an de l’herbicide et permettant au tracteur de faire demi-tour en braquant serré, est donc apparu à ces abeilles solitaires comme le site le plus intéressant des environs pour nicher. Une preuve parmi d’autre de la vitalité de la nature même dans les conditions les plus difficiles.

Le cône de déblai du milieu est très récent, avec le trou de sortie du terrier bien visible, alors que les deux autres ont été éboulés par la dernière pluie.

Le cône de déblai du milieu est très récent, avec le trou de sortie du terrier bien visible, alors que les deux autres ont été éboulés par la dernière pluie.

Une espèce mystère

Malgré une surveillance d’une vingtaine de minutes du site, dans l’espoir de voir ses occupants, aucune abeille n’est sortie ou entrée. Chez les abeilles solitaires, les mâles émergent en général les premiers, une ou deux semaines avant les femelles. Il semble que j’ai découvert la bourgade entre leur sortie et celle des femelles. Les individus émergés étaient probablement partis butiner les fleurs pour se nourrir ou peut-être, pour certains d’entre eux, attendaient dans le terrier que la température remonte suffisamment pour sortir.

Quand les femelles, après avoir émergé et s’être accouplées, commenceront à aménager les terriers de leurs larves, vers la mi-avril, l’activité sera intense dans la bourgade. Il ne sera pas difficile d’identifier les travailleuses, et de les photographier. Aucune crainte à avoir d’éventuelles piqûres. Ce sont des insectes très pacifiques, ne montrant aucune agressivité, même contre les photographes trop intrusifs.

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