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Avec mars et les premières floraisons massives des saules et autres pruneliers, les abeilles mellifères reprennent en masse le chemin du travail. C’est un spectacle toujours émouvant de les voir faire le « soleil d’artifice» à l’entrée de la colonie, c’est à dire de voler presque sur place, en s’éloignant peu à peu en tournoyant pour prendre leurs repères avant de partir butiner pour la première fois.

 

Soleil d'artifice à l'entrée d'une ruche

Soleil d’artifice à l’entrée d’une ruche

« Hécatombe dans les ruches d’abeilles » titre Sud-Ouest

Sur le marché, dans la boite mail, dans la presse locale, les nouvelles sont mauvaises pour les abeilles en Charente maritime et en Charente. La situation est si grave que même le journal de TF1 a interviewé des apiculteurs locaux pour faire état des premières constatations.

Les pertes sont terribles, atteignant 100% des colonies dans certains ruchers. Une apicultrice de Charente interrogée par le quotidien régional Sud-Ouest signale 66% de perte, avec 9 ruches encore vivantes sur 27, et cite un collègue de l’île d’Oléron ayant constaté un taux de mortalité de 75% dans un rucher de 80 ruches. Sur Internet d’autres chiffre circulent, tout aussi inquiétants, comme 60% de perte dans trois ruchers situés à plusieurs dizaines de kilomètres les uns des autres. Le lycée agricole de Venours dans la Vienne a perdu 65 ruches sur 70 !

 

Le triste spectacle d’une ruche morte

Je surveille six colonies d’abeilles mellifères dans mon village. Trois sont hébergées dans des nichoirs à abeilles, l’un placé dans un bois, un autre sur un bâtiment au cœur du village et le dernier sur le toit d’une cabane de jardin dans le marais. Toutes les trois sont encore vivantes. Une autre colonie est sauvage, logées sous les tuiles d’un vieux moulin, toujours active à ce jour. Un essaim de l’année ayant squatté un tonneau et une colonie logée depuis au moins 15 ans dans une ruche Dadant, puis une ruche Warré, sont mortes. Donc 33% de perte.

L’ouverture de la ruche Warré n’a rien montré d’anormal : une poignée de cadavres sur le plancher, habituel en fin d’hiver, des rayons encore garnis de miel bien que les réserves ne soient plus très importantes, et pratiquement aucun cadavre dans ces rayons. Des milliers d’abeilles semblent s’être volatilisées. Elles sont parties mourir ailleurs. Où ? Pourquoi ?

 

Le plancher de la ruche et ses quelques dizaines de cadavres d'abeilles.

Le plancher de la ruche et ses quelques dizaines de cadavres d’abeilles.

Le coupable est… ?

Comme toujours, difficile de désigner un coupable avec certitude. Les facteurs de mortalité sont forcément multiples : famine si la réserve de nourriture est épuisée trop tôt, pression de parasitisme du varroa importante, problème de reine morte ou devenue stérile, intoxication par des réserves stockées en été et consommées en hiver. Pour cette dernière explication, les pesticides de la famille des néonicotinoïdes sont fortement suspectés. Par beaucoup d’apiculteurs bien sûr, mais pas par tous car certains les innocentent tout comme les industriels les produisant.

L'intérieur de la ruche vu par l'élément du bas, totalement vide d'abeilles vivantes ou mortes.

L’intérieur de la ruche vu par l’élément du bas, totalement vide d’abeilles vivantes ou mortes.

Personnellement, je penche pour un effet important des pesticides dans ces mortalités, bien qu’ils ne soient pas la seule cause. J’observe que l’ensemble de la biodiversité des insectes, en nombre d’individus, s’effondre autour de chez moi depuis une quinzaine d’années, c’est à dire depuis l’utilisation de plus en plus généralisée de ces molécules. Et là, varroa, disette estivale ou maladies des abeilles n’y sont pour rien.

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