Mots-clefs

, , , , ,

Dans les marais en bas de chez moi, l’iris faux-acore colonise les fossés qui s’assèchent en été. Ses feuilles pointues en lame d’épée commencent à apparaître dès le milieu de l’hiver. Ses belles et grandes fleurs d’un jaune éclatant s’ouvrent à partir du mois de mai, parfois dès la fin avril les années précoces.

 

Une population décalée

Dans un ruisselet au bas d’un coteau, à une dizaine de mètres de la source qui lui donne naissance, se trouve une petite population d’iris faux-acore remarquable par la précocité de sa floraison. Les belles fleurs jaunes apparaissent en effet en général en février, parfois dès janvier les années très précoces comme en 2011.

Quand je parle d’une petite population, j’exagère un peu. Je devrais plutôt parler d’une micro-population, dix ou vingt pieds au maximum, localisés sur quelques mètres de ce ruisseau.

 

Un iris faux-acore en fleur photographié le 18 mars 2015 à Juicq (17)

Un iris faux-acore en fleur photographié le 18 mars 2015 à Juicq (17)

Mystère de la nature

Pourquoi un tel décalage ? Rien à voir avec le réchauffement climatique, sinon tous les iris du marais fleuriraient aussi tôt. Peut-être est-ce une adaptation de quelques individus, voire d’un seul qui se multiplierait de manière végétative, au conditions spéciales créées par la source ?

De celle-ci, au débit très régulier en toute saison, jaillit en hiver une eau à une température variant peu, autour de 10°. Cet endroit du ruisseau n’est pas pris par la glace lors des périodes de fort gel, à cause de cette eau courante. Il règne un micro-climat très tempéré sur la petite portion qui accueille les iris décalés.

 

Une belle et grosse fleur, mais vide de pollinisateurs

Une belle et grosse fleur, mais vide de pollinisateurs

Une nouvelle espèce en germe ?

On peut imaginer que cette population soit le germe d’une nouvelle espèce en tout début d’apparition. Si ces iris ne se distinguent extérieurement en rien de ceux qui fleurissent au printemps, ils ne peuvent plus se reproduire avec eux et échanger leurs gènes à cause de leurs périodes de floraison ne coïncidant plus.

Mais pour qu’une nouvelle espèce finisse par apparaître dans quelques centaines ou quelques milliers d’années, encore faudrait-il que cette micro-population puisse se multiplier et se répandre. Et là, ce n’est pas gagné. Car cette floraison précoce se fait pour l’instant en l’absence de pollinisateurs, et je n’ai jamais vu de pieds produire des graines jusqu’à présent. Peut-être est-ce une simple impasse évolutive ?

 

Un baromètre de plus

L’iris décalé, avec le tircis ou l’osmie abordés dans une précédente chronique, me sert d’indicateur quant au caractère précoce, normal ou tardif du printemps. Cette année peut être qualifiée de tardive puisque la floraison n’intervient que la dernière semaine de l’hiver, soit avec deux mois de retard sur les floraisons les plus précoces. Je parie donc que les autres iris fleuriront au plus tôt première quinzaine de mai, et non dès avril. Résultat dans quelques semaines.

Publicités