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Voilà le printemps ! Les bois autour de chez moi s’illuminent de couleurs vives, tranchant sur le brun triste de la litière de feuilles mortes. Partout poussent les jeunes feuilles vert tendre de l’asphodèle, si pressées de s’élever vers la lumière qu’elles emportent avec elles les feuilles mortes qui les dissimulaient il y a encore quelques jours.

La marée d'asphodèle envahit le sous bois

La marée d’asphodèle envahit le sous bois

En même temps éclosent les fleurs d’un jaune délicat de la primevère acaule. Bientôt viendront le blanc pur parfois taché de rose de l’anémone des bois, le bleu profond toujours taché de rose de la pulmonaire. Après ces pionnières qui ouvrent le bal apparaîtront l’ail des ours aux fleurs blanches étoilées, la jacinthe qui hésite entre le bleuet et le violet.

Une touffe d’asphodèle en pleine croissance, coiffée de son chapeau de feuilles mortes.

Une touffe d’asphodèle en pleine croissance, coiffée de son chapeau de feuille morte.

Un spectacle immuable

Si je constate la régression brutale, parfois en quelques années, d’animaux communs devenant rares, comme le petite tortue parmi les papillons par exemple, le monde végétal semble mieux résister à la pression humaine. Ces jolies fleurs sylvestres se maintiennent aussi longtemps que le bois existe. Même une coupe à blanc ne les fait pas disparaître.

Les seules menaces sérieuses sont le piétinement et la cueillette, qui ne concernent que les bois très fréquentés par les promeneurs, souvent en périphérie immédiate des villes. Dans ma campagne profonde, je sais que chaque fin d’hiver asphodèles, primevères, anémones et consort viendront ravir mon regard.

Avides de lumière

Ces fleurs qui signent le retour des beaux jours végètent et s’ouvrent toujours avant l’apparition des feuilles des arbres. La lumière solaire est indispensable aux plantes pour vivre, puisqu’elle fournit l’énergie indispensable à la synthèse des sucres à partir des sels minéraux et du gaz carbonique de l’air. Les arbres s’élancent vers le ciel pour la capter au mieux, et la pénombre règne à leur pied quand leur feuillage est bien développé. Asphodèle, primevère, anémone, pulmonaire, jacinthe et quelques autres arrivent à vivre en sous-bois car elles prennent de vitesse les arbres à ce moment crucial de l’année.

 

Primevère acaule au pied d'une touffe d'asphodèle

Primevère acaule au pied d’une touffe d’asphodèle

Sombre été, lumineux hiver

Au cœur de l’été, ces plantes si visibles quelques mois plus tôt semblent avoir disparu. Il ne reste que les tiges desséchées portant les graines. La lumière n’arrivant qu’avec parcimonie, l’usine chlorophyllienne est au chômage technique. Tout le monde se repose en attendant des jours meilleurs, c’est à dire plus lumineux.

Ils arrivent à l’automne, à la chute des feuilles. Le soleil hivernal, qui nous paraît si pâle, arrive à flot jusqu’au sol des sous-bois et les inondent de lumière. Pour profiter de cette manne, les rosettes de feuilles gaufrées de la primevère sont parmi les premières à apparaître, bientôt suivies par les pulmonaires aux feuilles tachées de blanc, les asphodèles aux feuilles longues, étroites et pointues.

Bien que le froid gène leur croissance, elles peuvent ainsi profiter de cette lumière qui peut arriver sans obstacle jusqu’au sol. A la fin de l’hiver et au début du printemps, elles accumulent des réserves dans le sol tout en produisant les fleurs qui donneront ensuite les graines. Car le temps est compté : dans quelques semaines la sortie des feuilles, assombrissant le sous-bois, leur permettra seulement de survivre.

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