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A la fin de l’hiver les crapauds communs (Bufo bufo) quittent leurs lieux d’hivernage pour se rendre à pattes sur leurs lieux de reproduction. Le voyage est périlleux, surtout lorsqu’ils doivent traverser les routes. Tous ne peuvent bénéficier de l’aide de bénévoles motivés ou de la construction de « crapauducs » sous la chaussée pour les aider à traverser. Et puis une fois arrivés à bon port, les dangers sont loin d’être écartés.

L’appel irrésistible de la reproduction

Le crapaud qui loge dans mon jardin n’a pas une grande distance à parcourir. Quelques centaines de mètres vers le marais situé en contrebas et un simple chemin de terre à traverser. Il peut alors plonger dans le ruisseau ou un fossé pour parti à la recherche d’un partenaire. Car ses congénères des alentours ont eux aussi convergé vers le marais, taraudés par le même besoin de perpétuer l’espèce.

Je t'aime, moi non plus !

Je t’aime, moi non plus !

Une population en lent déclin

Au fil des ans, le nombre des crapauds qui viennent se reproduire dans ce marais s’amenuise inexorablement. Intoxication par les pesticides épandus sur les parcelles en maïs ? Gestion des niveaux d’eau inappropriée, avec par moment un effet de chasse d’eau qui envoie les têtards en aval ? Prédation des têtards par les écrevisses américaines arrivées depuis une dizaine d’années ? Il m’est impossible de le savoir, peut-être tout cela à la fois, avec d’autres causes encore.

Un monceau de cadavres

Cette année, les quelques dizaines de rescapés qui sont venus vaillamment perpétuer l’espèce ont subi une véritable hécatombe que je n’avais jamais observée depuis 27 ans que j’observe la reproduction des crapauds dans ce marais. Plusieurs dizaines de cadavres gisent au fond du ruisseau et des fossés. Pour chaque individu vu vivant au fond de l’eau, je compte au moins une dizaine de dépouilles : plus de 90 % de mortalité !  Certaines de ces dépouilles sont à demi vidées. L’arrière du corps est réduit à la peau seule, l’avant du corps, notamment les pattes et la tête, semblent intacts. La plupart des dépouilles se réduisent à la peau seule. Muscles, viscères, squelette, tout a disparu.

Une scène de carnage parmi d'autres, quelques dépouilles de crapauds au fond du ruisseau.

Une scène de carnage parmi d’autres, quelques dépouilles de crapauds au fond du ruisseau.

Le coupable ? Un mustélidé

Les naturalistes spécialistes des batraciens consultés pensent qu’il s’agit des reliefs de repas d’un mustélidé, probablement un putois ou un vison voire peut-être une loutre. En terme technique, il s’agit d’un « carnage », mot en effet très parlant. Un ou plusieurs individus ont repéré et exploitent la manne facile à prélever que représentent ces crapauds aux gestes lents dans l’eau froide.

Les trous dans les rangs des reproducteurs sont si importants que je ne suis pas sûr qu’il y ait des pontes cette année dans le marais. En 10 jours, je n’ai observé qu’un accouplement. L’apparition ou non des têtards dans quelques semaines permettra de trancher la question.

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